Samedi 9 août 2008




Faut-il parler d’envoûtement ?  Dès les premiers sons vibrant dans l’air, j’ai été sous le « charme ».  Hypnotisée et sans volonté propre, je n’ai obéi qu’à cette attraction déraisonnable.  Parfois, je me demande si je n’ai pas bu un philtre magique qui ne m’était pas destiné.  Comme Tristan et Iseult.  Le breuvage a été préparé pour Iseult et le roi Marc.  Mais Brangien, la servante, dont nous ne saurons jamais si elle a agi intentionnellement ou par accident, le donne aux deux jeunes gens, scellant leur destin.

 

Ma place n’est pas dans la vie de Julien.  Aurais-je dû fermer les yeux, ne surtout pas écouter ?  Mais j’ai bu le Léthé de sa voix et j’ai tout oublié de ce qui était ma vie avant.  Hélas, je me retrouve seule ensorcelée, parce qu’il m’a tendu la coupe sans y avoir bu.  Chaque jour me redit que je ne palperai jamais que du rêve, mais la soie bleue en est si éblouissante que je ne peux renoncer à en draper follement mes ciels.

 

par Lucrezia
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Jeudi 7 août 2008
Toujours d'après une idée proposée et actualisée par le forum "Crazy Julien" (merci de toutes ces propositions, c'était vraiment passionnant à lire et à développer !).


Acacia  - Tristano meurt d’Antonio Tabucchi

 


 

La mort, l’isolement, le silence et la simplicité.  L’inéluctable et pourtant, une certaine douceur.

 


Les Bords de Mer – Les vaisseaux du cœur de Benoîte Groult

 

La mer, la solitude, le désir, l’absence.  La douleur et la vie qui continue malgré tout.

 


Les Limites – Ulysse de James Joyce
 

 


Les limites de la lisibilité sont largement dépassées et toutes les conventions littéraires sont bousculées pour un résultat assez jubilatoire.

 

 

 

mais aussi, Tout Ubu d’Alfred Jarry

 


Parce qu’il est si amusant d’irriter les braves gens qui respectent les limites.

 

 

 


Bouche Pute – Belle du seigneur d’Albert Cohen

 


L’absolu n’est pas à notre portée et quelle que soit la volonté de se fondre dans l’être aimé, on demeure seul.

 

 

 

et aussi Derniers poèmes d’amour de Paul Eluard

 


Force des sentiments amoureux, une certaine violence aussi et des éclats solaires.

 

 

 


Les Figures Imposées – L’éternel masculin – Traité de chevalerie à l’usage des hommes d’aujourd’hui de Jacqueline Kelen

 


En matière de figures imposées, il est parfois bon de renverser les rôles.

 

 

 


Dans Tes Rêves – De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll

 


Dans ce monde rêvé, les autres sont-ils vraiment nos amis ?

 

 

 

et Abattoir 5 de Kurt Vonnegut

 


Où finit la réalité ?  Quand commence le rêve ?

 

 

 


Pudding Morphina – Last exit to Brooklyn d’Hubert Selby Jr

 


Glauque, poisseux, cauchemardesque et en le lisant, my brain becomes sick.

 

 

 


Piano Lys – L’écume des jours de Boris Vian

 


Le piano cocktail qui résonne sous les doigts de Colin – le nénuphar qui étouffe Chloé - l’aspect pictural de l’appartement envahi de fleurs … en vain.

 

 

 


Soirées Parisiennes – La curée d’Emile Zola

 


Le roman d’un monde rutilant et doré où la pourriture couve.

 

 

 


J'aime Pas – La joueuse de go de Shan Sa

 

 

 

Attirance/répulsion – ambiguïté des sentiments.

 


First Lady - La rose pourpre et le lys de Michel Faber

 

 

 

Il l’a tirée de sa condition, elle l’a suivi, elle y a cru, elle s’est trompée.

 


SS in Uruguay – Le commandant d’Auschwitz parle de Rudolf Hoess

 

 

 

Glacé – Glaçant.

 


Eichmann à Jérusalem ou la banalité du mal d’Hannah Arendt

 

 

 

Jusqu’où peut-on repousser les frontières du cynisme ?


 

Los Angeles – La main de Dante de Nick Tosches

 

 

 

Enigmatique et hermétique.

 


De Mots – La vie devant soi d’Emile Ajar/Romain Gary

 

 

 

Quand l’attention d’un être humain envers un autre sauve tout.  Quand les mots sont plus forts que la solitude et que la mort.

 



par Lucrezia
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Dimanche 3 août 2008
D'après une idée émise et actualisée par le forum "Crazy Julien" : il s'agit donc d'associer des films aux titres de l'album


Acacia : Dersou Ouzala d’Akira Kurosawa

 

 

Pour l’idée de la transhumance à travers l’étendue des steppes et l’évocation d’un univers à la fois aride et riche

 

Les bords de mer : Breaking the waves de Lars Von Trier

 

Pour l’absence, le vide, le désespoir, mais aussi la puissance des liens amoureux


Les limites : Fellini Roma de Federico Fellini

 



Parce que les limites y sont très largement dépassées et que j’adore ça

 

 

Bouche Pute : L’empire de la passion de Nagisa Oshima 


 



Pour l’enlacement des corps des amants noués l’un à l’autre


Figures imposées : Chambre avec vue de James Ivory 


Parce qu’il est enivrant de transgresser les règles et les carcans

 

 

Dans tes rêves : The Truman show de Peter Weir

 

 

 

Pour l’évocation d’un monde idéal qui se désagrège petit à petit

 

Pudding Morphina : Requiem for a dream de Darren Aronofsky

 

 

Pour la lente dissolution dans le cauchemar des paradis artificiels

 

Piano Lys : Moulin Rouge de Baz Luhrmann

 

 

Pour la tragique flamboyance, la dimension picturale, l’éblouissement et l’exigence d’absolu

 

Soirées parisiennes : Le Casanova de Federico Fellini 

 


Pour l’univers clinquant et artificiel qui consacre la dictature de l’apparence

 

 

J'aime pas : 37°2 le matin de Jean-Jacques Beineix

 

 

Pour le mal-être, l’incommunicabilité, les difficultés du couple

 

First Lady : Barry Lindon de Stanley Kubrick

 


Pour le raffinement, mais surtout pour le portrait d’une amoureuse désenchantée

 

 

SS in Uruguay : Le tambour de Volker Schlöndorff

 

Pour le côté glauque jusqu’à l’écoeurement

 

Los Angeles : Bagdad Café de Percy Adlon 

 

Pour le dépouillement et l’étrangeté

 

De mots : Il postino de Michael Radford 

 

Pour la superbe histoire d’amitié et surtout pour l’immense pouvoir des mots

 

par Lucrezia
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Dimanche 20 juillet 2008



Bouche pute.  Comment ne pas y songer ?  Trop troublante, trop tentante.  Je n’y ai pas prêté attention, absorbée par ma contemplation, mais j’ai moi aussi entrouvert la bouche.  Une espèce de mouvement réflexe.  Pourvu que personne ne m’ait vue, je me rends compte que j’ai aussi avancé un peu les lèvres.  Juste quelques centimètres et beaucoup de rêve et je goûte la douceur, je frôle la tiédeur, je m’enivre du moelleux.  Je peux même décrire la saveur.  Lèvres soyeuses que je quitte et que je reprends, que je quitte et que je reprends.

 

Au-delà de l’incarnat ravivé par les morsures, l’obscurité.  Cela me rappelle la bouche des enfers sur les triptyques hallucinés du Moyen âge.  Vais-je me laisser basculer ?  Connaître l’exquise frayeur du saut dans la fournaise ?

 


Vertige.  Une bouche plus éloquente qu’un regard et dont s’échappe le cercle parfait d’un O indéfiniment expiré.  Juste égratigné par quelques poils qui cherchent à le saisir.  Reçu, échangé sur le O de ma bouche, arrondi semblable, obsédante fusion de la chair imaginée.

 

 

par Lucrezia
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Dimanche 20 juillet 2008



Un an à se nourrir de rêve et j’écrivais « Je plonge, et ma raison, et ma liberté, dans la mer infinie de ses yeux. »

 

Un an à fabuler follement et j’écrivais « J’attends, agenouillée, que vous versiez sur moi votre poussière d’étoiles. »

 

Un an à boire parfois un spleen amer et j’écrivais

« Fatalement tes yeux bleu clair

Tatouent la passion dans ma chair

Voudront-ils, rien que pour me plaire,

Lancer le regard que j’espère ?

No, you don’t care »

 

Un an à sombrer corps et biens dans les fantasmes et j’écrivais « Et j’ai des désirs de naufrage dans l’Oceanox Nox de tes yeux. »

 

Un an à tenter d’être raisonnable … si peu et j’écrivais « Mais je reste invisible pour toi et je sais mon attente vaine, beau regard qui ne me regarde pas.»

 


Et lorsque, contre toute attente, éventrant ma rationalité, bafouant mon renoncement, rencontrant mes chimères, il a levé sur moi ces yeux à la douceur fatale, je n’ai rien vu.  Seule la photo témoigne de cet instant évaporé dans le trou noir du temps.  Dans mon souvenir, le néant.  Ce regard, je ne l’ai pas croisé.  Il m’a traversée comme une vitre fragile.  J’étais devenue transparente et je n’habitais plus
mon corps.  Je ne voyais plus, je n’entendais plus, je n’avais plus de peau.

 

De loin ou de près, aucun échange avec Julien ne m’est possible.  Dès qu’il apparaît, je me dématérialise.  Je voudrais retenir cet esprit qui s’échappe de moi comme un fantôme perfide, l’obliger à rester, l’ancrer à ma chair désertée.  Non, je deviens soudain un grand blanc inhabité, un désert sensoriel et spirituel.  Je n’ai pas fait naufrage dans l’éther bleu qui m’était destiné, mais dans les limbes aveuglants de l’effroyable inconscience.

 

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Un merci très reconnaissant à Cha (du forum Crazy Julien) sans qui je n’aurais aucun témoignage de cet instant.

par Lucrezia
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Samedi 19 juillet 2008

Texte écrit d'après une idée proposée par le forum Crazy Julien

D’emblée, je n’ai pas cherché d’équivalence thématique, juste une parenté d’impressions.  Je voulais trouver une peinture qui m’inspirait les mêmes sentiments, le même état d’esprit que l’écoute de la chanson.  J’ai donc tenté (pas toujours réussi) de faire abstraction du sens des textes pour ne retenir que des ambiances.  Même sous cet angle, il n’est pas évident d’établir ce type de parallélisme.  Parfois, je n’ai pas trouvé le pendant exact, parfois la matérialisation m’apparaît évidente.  Vous aurez sans doute fait des choix différents, cela promet d’être passionnant.

 

Acacia

 

 

J’ai pensé de suite aux peintures laquées russes que l’on exécute sur de petits coffrets, pour le côté un peu « naïf », doux, simple et raffiné à la fois.  Un coffret tout à fait indiqué pour renfermer des fleurs en papier, souvenirs d’amours défuntes.

 

Les Bords de Mer

 


Le village des sirènes – Paul Delvaux

 

La même impression de vastitude, de vide, des tons froids et éteints – omniprésence de la femme – indifférence – désespérance.

 

Les Limites




Les masques – James Ensor

 

Aspect à la fois coloré, gai et dérangeant – les limites sont joyeusement outrepassées, les frontières du « bon » goût aussi.

 

Bouche Pute



 


Fresque de la Villa des Mystères à Pompéi (détails)

 

Sensualité, violence des couleurs, tourbillonnement de l’esprit, rites initiatiques mystérieux : pour moi, une évidence.

 

Les Figures Imposées



 

La violoniste – Kees Van Dongen

 

Classicisme, pureté des traits, une certaine élégance et un bleu très doux.

 

Dans Tes Rêves

 


Paysage avec papillons – Salvador Dali

 

Au-delà de la dérision évidente, il y a malgré tout dans la chanson un flottement onirique, l’ingérence d’un monde où les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être, où l’on ne distingue que difficilement le vrai du faux.

 

Pudding Morphina

 


La lunatique – Otto Dix

 

Plongée dangereuse dans les abysses de la déglingue.

 

Piano Lys

 


Narcisse – Michelangelo Merisi da Caravaggio

 

Je n’ai pas pu m’empêcher, il fallait qu’il soit présent.  Même sensation de souffle coupé, même éblouissement, je suis emportée.

 

Soirées Parisiennes



 

Numéro 18 – Jackson Pollock

 

Embrouillaminis, tonitruances soudaines, agressivité, inquiétude – des tâches de couleurs que l’on jette au visage des autres.

 

J'aime Pas

 



Jazz-Icare – Henri Matisse

 

 

 

C’est une chanson que je vois bleue sans savoir pourquoi.  Une chanson qui met un peu mal à l’aise, qui bascule doucement dans un monde parallèle.  Un univers syncopé où le drame rôde.

 

First Lady 


 



Venus Anadyomène - Tiziano Vecellio dit Titien

 

Il fallait quelque chose de sensuel, de troublant, de plein, de rond, une image qui donne envie de la caresser.

 

SS in Uruguay

 

 


La risata – Umberto Boccioni

 

J’ai bien hésité à choisir un Gauguin, mais j’ai préféré un artiste futuriste.  Sous l’aspect coloré et gai, il y a beaucoup de noirceur et de violence sous-jacentes et un cynisme qui noie l’impression de légèreté.

 

Los Angeles

 

 



Mélancolie et mystère de la rue – Giorgio de Chirico

 

 

 

Sobriété et dépouillement – couleurs sourdes – pour moi, le même exercice de style qui va à l’essentiel.

 

De Mots

 

 



Danse de mariage - Pieter Bruegel l'ancien

 

 

 

Je le concède, c’était un peu facile, mais l’illustration de la convivialité et de l’esprit festif est vraiment trop tentante pour passer à côté.

 



J’ai adoré cette promenade qui m’a menée des sons vers les couleurs et vice-versa.  Plus que jamais, je reste persuadée qu’il n’existe pas de cloisonnement en art et que ses différentes formes se nourrissent et s’enrichissent les unes des autres.  Baudelaire était donc tout indiqué pour conclure mon sujet : « C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprimé, devienne beauté, et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l'esprit d'une joie calme. »  Exactement ce qu’accomplit Julien.

 

par Lucrezia
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Lundi 23 juin 2008


 

J’ai eu besoin d’un peu de temps avant de pouvoir livrer mes impressions détaillées.  J’étais tellement submergée par le choc esthétique que j’ai reçu qu’il m’était difficile de décomposer le tableau.

 

Tout d’abord, l’objet en lui-même : un bijou, somptueux, raffiné.  Tout est soigné dans le moindre détail, de la pochette au livret en passant par les illustrations sur les supports.  Un objet inhabituel que l’on a vraiment envie de posséder, de manipuler, d’ouvrir, de fermer, un enchantement pour les yeux, des petits volets que l’on écarte avec délectation.  J’ai été particulièrement touchée lorsque Julien a déclaré qu’il avait songé aux triptyques de la Renaissance.  Rien ne pouvait me parler davantage.  Triptyque photographique en écho au triptyque du clip, je m’émerveille de cette extraordinaire cohésion dans la création.

 

Les chansons maintenant.  Je vais faire un gros effort pour tenter d’être critique et objective (le pari n’est pas gagné, je vous le dis d’avance !).  Julien a tendance à me faire perdre tout sens commun !

 

Acacia : tout d’abord, j’ai eu peur, peur que cela soit mièvre, un peu trop sirupeux.  Peut-être étais-je décontenancée par tant de douceur.  Et puis, après plusieurs écoutes, j’ai aimé cette totale opposition entre la tendresse de la mélodie et la dureté laconique des paroles.  Une mélancolie douce-amère, un côté balade désabusée et à la fin, cette dimension onirique qui introduit le doute.  Dans quel univers se situe-t’on ?  Réel et imaginaire se mélangent, c’est puissant et magnétique.

 

Les bords de mer : l’une de mes préférées.  J’ai accroché dès la première phrase.  Comme vous, j’ai des souvenirs de bords de mer liés à l’enfance.  La mer du Nord, grisâtre, avec des nuages bas, la digue jaune et les escaliers de bois blanchis par les embruns.  Et tout revient comme des images déteintes.  J’ai un goût de sel dans la bouche.  Difficile de dire exactement pourquoi, mais cette chanson est cinématographique, une vieille pellicule qui tressaute un peu, se fige parfois, pas de paroles, juste des images fugitives d’une autre époque.  Tristesse, résignation, douleur sourde.

 

Les limites : exactement ce qu’il fallait après les deux premières chansons.  Plus je l’écoute et plus j’y adhère.  Depuis que j’ai entendu les versions acoustiques, j’apprécie encore davantage.  La dérision, le pied de nez, Julien coquin/taquin, j’adore !

 

Bouche pute : au risque de paraphraser tout le monde, LE chef-d’œuvre qui va marquer la chanson française.  Personne n’a osé avant lui (du moins, dans ce que je connais).  Violence latente, amour fou, écorché, addiction.  La première partie comme un aveu presque chuchoté, douleur contenue malgré l’exaspération des sentiments.  La seconde partie, l’envol orgasmique, le tumulte, le fatum aussi et la coda aux rémanences métaphysiques.  A chaque écoute, je découvre quelque chose de nouveau, de souterrain.  Un seul mot : magistral !

 

Figures imposées : une des chansons les plus diversement appréciées.  C’est vrai qu’elle a un côté un peu lisse dans l’orchestration, mais elle me transporte.  C’est comme un flot harmonique sur lequel je vogue, détendue, se laisser aller au fil de l’eau, du vent, du temps.  Insouciance d’un moment d’évasion.  Quelque chose des après-midi ensoleillées et solitaires de l’adolescence.  Vagues accents de bossa nova, je ferme les yeux et je me laisse bercer.  Jusqu’à présent, je n’arrive pas à écouter les paroles, la musique prend totalement le pas dessus, je fredonne, je m’abandonne.

 

Dans tes rêves : je l’avoue d’emblée, je figurais dans la « faction » de celles-qui-n’y-croient pas et j’ai dû me rendre à l’évidence, c’est bien Julien qui chante.  Et je m’y suis vraiment bien adaptée.  Chaque fois que la musique commence, j’arbore un large sourire, c’est la bêtise, la galéjade, comme une récréation.  Allez, on arrête un instant d’être sérieux, mode délire ON et c’est bon !!

 

Pudding morphina : mon second coup de cœur après « Bouche pute ».  Cette voix qui monte des entrailles me ligote complètement, l’accompagnement obsessionnel du piano me transperce le cerveau, je me sens physiquement dérangée.  Un malaise qui rend aussi mon « brain » very « sick », au bord du basculement.  Totale adéquation entre la musique, la/les voix et le texte, c’est une plongée vertigineuse dans la décomposition mentale.  Charge émotionnelle quasiment insupportable, sensation d’étouffement, une chape de plomb sur l’esprit, un coussin de désespérance plaqué sur le visage.  Je suis laminée.

 

Piano lys : tant d’interprétations tentées par les unes et les autres et au final, un texte qui garde tout son mystère.  Mystère est le maître mot de cette composition : bruit grinçant et non identifié de l’introduction, notes presque saturées du synthé chargées d’une certaine noirceur, paroles énigmatiques et voix aux accents désenchantés.  Ne me demandez pas pourquoi, il y a quelque chose d’implacable.  Puis, la « lancinance » (fallait bien que je crée un mot pour ça) des cris océaniques de la fin.  Enfin, cette composition est pour moi le plus bel exemple de la parfaite communion entre les arts, en ce sens que cette construction musicale est élaborée selon une technique picturale (cf. mes impressions dans le topic « Surbranlage julienal » du forum Crazy Julien) et là, je suis béate d’admiration !

 

Soirées parisiennes : la seule avec laquelle j’ai un peu de mal.  Je ne parviens pas à rentrer dans l’atmosphère de cette chanson.  Il y a pas mal de choses qui me plaisent, notamment le phrasé de Julien, ses cris, la manière dont il pousse ses « ah ah ah », la jonction entre voix et trompette sur la fin, mais le tout me semble quand même un peu « cliché ».  Je ne sais pas si c’est dû aux paroles en elles-mêmes ou aux arrangements musicaux, mais c’est ma seule réticence de l’album.  Je continue à écouter et à réécouter, peut-être que je finirai par avoir un coup de cœur.

 

J’aime pas : oh, j’aime tellement cette voix traînante et appuyée qui prend tout le temps et l’espace pour se déployer, j’aime tellement les allusions très sensuelles, j’aime tellement le côté « en décalage », fin de nuit de guindaille, tête à l’envers des dérives alcoolisées.  Orchestration en plein accord avec le contenu, texte faussement naïf, une réussite totale !

 

First lady : c’est LE morceau qui me fait danser, pas possible de rester en place quand je l’entends.  J’aime tout : les jeux de mots, l’ironie, la formulation guindée par l’emploi du passé simple, l’atmosphère, les images qui se dégagent, l’appropriation d’un point de vue féminin (qui me fait complètement craquer) et les deux mots auxquels personne ne résiste : « feliiiiiiiiiiiiiiiiines » et « crazzzzzzzzy ».

 

SS in Uruguay : je me permets de répéter ce que j’ai déjà dit.  Respect d’avoir osé reprendre, à 25 ans, un texte aussi chargé d’histoire, d’avoir excellé dans le côté détaché et odieux, d’avoir mis de la profondeur dans la légèreté apparente.  Je ne vois pas qui d’autre aurait pu se le permettre !

 

Los Angeles : je n’ai pas encore tenté l’explication de texte sur celle-là et donc, mes impressions restent au stade du flou, ce qui n’est pas plus mal.  Il est certain que le « sens avéré » est tout sauf évident, mais j’aime beaucoup l’antinomie entre le « feu de joie » et la tristesse qui baigne toute la composition.  Il y a aussi comme une résignation qui flotte sur l’ensemble, un calme accepté, un constat un peu navré, c’est prenant et nostalgique.

 

De mots : c’est vraiment la chanson où Julien m’apparaît dans son extrême jeunesse (ce qui n’est absolument pas un défaut !).  A côté de la voix « qui a vécu » d’Arno, celle de Julien semble fraîche, presque fragile, empreinte d’une grande vulnérabilité.  C’est justement l’association des deux (jeunesse et maturité) qui fait toute la richesse du duo.  J’aime aussi beaucoup ce final d’album en fanfare avec cette atmosphère de convivialité et d’amitié qui fait chaud au cœur.  On peut dire des choses très profondes avec des mots très simples.

 

L’album est à mes yeux très achevé, intelligemment élaboré, parfaitement équilibré avec des moments très forts, à la limite du supportable (ce qui est une qualité, je m’empresse de le dire !) et des moments d’exaltation jubilatoire.  Je ne m’attendais à rien de précis (au niveau du genre musical), sauf à quelque chose de très intense, de très personnel, de presqu’impudique et je suis comblée au-delà de tout ce que je pouvais imaginer !

 

par Lucrezia
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Vendredi 20 juin 2008



Une fois de plus, je n’ai pas réussi à être concise et pas trop professorale (séquelle de mon lointain passé d’enseignante, mea culpa).  Néanmoins, je vais tenter d’être claire, mais avec un texte pareil, aussi richement élaboré, cela ne va pas être simple.  Ce qui suit va peut-être vous sembler embrouillé, mais comment traduire autrement des perceptions où tout s’interpénètre ?

 

A mes yeux, ce texte vise avant tout à produire des images plutôt que du sens (même si le sens y joue son rôle).  C’est pourquoi je ne vais pas tenter une explication logique, mais juste tenter de dégager les impressions qu’il suscite chez moi.

 

Le texte fonctionne selon un double jeu :

- un jeu sur les sons qui me fait songer à Mallarmé et où les mots s’engendrent les uns les autres par parenté phonique

- un jeu sur les couleurs qui teintent tout le poème de façon graduellement plus colorée.

 

Les deux plans sont d’ailleurs résumés dans le titre lui-même où « piano » introduit l’isotopie sonore et « lys » évoque la couleur (le blanc).

 

L’idée majeure qui s’impose à moi, c’est que j’ai l’impression que tout le texte est structuré exactement comme on construit un tableau, reprenant les différents stades de la technique picturale.  On voit très nettement que chaque strophe est ponctuée par une action proprement picturale : « J’essuie/Je trace/Je peins ».

 

J'essuie les lames de tous tes fonds

De fil en cave sans opinion

Je suis le lys que tu exportes

In extremis en porte à porte

 

La première strophe est la couche d’intonaco ou couche de fond que l’on étend sur la toile (d’où le verbe « j’essuie » qui peut suggérer l’étalement de cette couche) et qui servira de support à toute la peinture.  Généralement, il s’agit d’une couleur éteinte, neutre.  Or ici, au niveau du sens, on a des mots qui désignent plutôt des concepts obscurs (fonds, cave) et un concept très clair (lys).  Le mélange des deux nous donne un ton gris neutre qui convient parfaitement.

 

Au niveau des sonorités, non seulement il y a un parallèle évident entre « j’essuie » et « je suis », mais de plus, on ignore si la forme « suis » est une déclinaison du verbe être ou du verbe suivre.  Jeu sur les sons et les sens, comme je l’ai dit plus haut.

 

Le premier vers fonctionne sur un jeu de mots : la « lame de fond » est ce que l’on « essuie » en cas de tempête, mais le mot « lame » évoque aussi la « larme » que l’on peut essuyer.  Je décèle aussi le fait que toute la strophe fonctionne sur des extrêmes, des directions opposées : le « fil » est souvent situé au-dessus (le fil du rasoir, être sur le fil de quelque chose) alors que les « fonds » et la « cave » évoquent les profondeurs.  Le lys est exporté, donc amené ailleurs « in extremis » et également « en porte à porte » qui nous indique bien que l’on passe sans cesse d’un plan à l’autre (comme en peinture, peut-être ?).  Dans tout cela, le « je » apparaît comme un élément assez passif (« sans opinion ») qui se laisse exporter ou qui suit « tu » dans ses actions.

 

Dans les virages que tu m'empruntes

Je trace en large le trait d'absinthe

Qui me remonte le long du nez

En amont des cétacés

 

La deuxième strophe représente l’étape de l’esquisse, quand on commence à tracer les volumes, à organiser les différents plans, à introduire les couleurs principales du tableau (« Je trace en large »).  Les 4 vers baignent dans une couleur que je qualifierais d’océanique (le vert de l’absinthe, le noir/vert/bleu des cétacés).  Cela reste encore une couleur assez sourde, mais on se doute bien qu’elle sera complétée par des touches ultérieures.

 

Dès le premier vers, il y a détournement du sens, à tous les niveaux d’ailleurs.  Sur un premier niveau, le virage est effectivement un détournement du sens (de circulation), mais à un second niveau, le fait de détourner l’expression « emprunter un virage » en changeant la signification du verbe par l’adjonction du « m’ » crée une image tout à fait différente.  En fait, le discours est très élaboré et je m’émerveille de sa richesse au fil de ma lecture.

 

Le trait d’absinthe évoque non seulement la couleur verte, mais aussi l’absinthe fonctionne presque comme une métaphore de la création (poétique ou autre).

 

Je parlais dans la première strophe des changements de « sens » d’un extrême à l’autre.  Ici, on a plutôt un mouvement ascendant (« remonte » et « en amont »).

 

Je peins la langue bleu de Cézanne

Battée au fer rouge pivoine

Qui me demande tout à l'envers

Et je me doute que tu t'y perds

 

Tout ce qui était plutôt suggéré dans les deux strophes précédentes est ici précisé sans équivoque par « je peins ».  Et je vois que s’ajoutent les touches les plus colorées qui vont sublimer la peinture : le bleu de Cézanne (celui du tableau « Le vase bleu » ??) et le rouge pivoine.  Ce sont les touches finales qui équilibrent le tout et font exister l’œuvre.

 

Au niveau du sens, je me suis beaucoup interrogée sur le mot « battée » et j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un processus de reliure destiné à aplatir les feuilles.  On les dispose sur un bloc de marbre (la battée) et on les frappe avec un gros marteau (un fer).  Et ce fer ici apparaît même chauffé (« rouge pivoine »).  Les mots colorés vont donc être aplatis par un fer brûlant afin d’être imprimés, de laisser une trace.

 

Alors si je reprends les mots dans l’ordre, voici ce que je perçois.  « Je peins la langue » (donc les sons) m’indique qu’il y a bien confusion des perceptions sonores et visuelles.  Les couleurs deviennent des sons et vice-versa.  N’oublions pas qu’il s’agit d’une chanson et toutes les couleurs évoquées vont donc produire de la musique.  Les sens (les directions, mais aussi les perceptions) sont à nouveau brouillés (« tout à l’envers »).  Tout ce qui est du domaine visuel produit de l’auditif, du sonore et à leur tour, les sons produisent des images, des couleurs par un processu