Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 13:33

 

L’être humain est vraiment un drôle de zèbre, à la fois imbu de sa « supériorité » sur le reste des créatures vivantes et foncièrement peu sûr de lui, fonctionnant tout à fait à l’opposé du concept du self-made man, titubant dès qu’on lui enlève ses béquilles religieuses ou philosophiques.  Qui peut se vanter de s’être « élevé » tout seul ?  Sans l’aide d’une main-courante, d’un tire-fesse spirituel ?  Sans cela, l’homme peut-il trouver l’issue de cette « selva oscura » (oui, j’aime toujours autant Dante !) où il tourne craintivement en rond à la recherche de sa propre identité/définition ?

 

Grandir et s’assumer sont deux tâches redoutables.  Ah, si seulement on trouvait une main tendue ou un poteau indicateur !  Redoutant de « se perdre » au sens premier du terme, la bête humaine (parfois l’un, parfois l’autre) invente les divinités, les religions, les leaders, les chevaliers, les idoles, les preux, les champions, les stars.  Un Olympe disparate qui garde en réserve un article pour chaque demande, un prêt-à-suivre sur mesure.

 

Pour s’y retrouver dans ce fouillis, heureusement il y a les étiquettes.  Comme il est malaisé de ressentir une certaine parenté avec une simple idée, l’homme se lance dans l’illustration et crée l’« eikon », vecteur d’identification, objet de vénération.  Bien vite, la marque et la chose se confondent, ne dit-on pas un K-way, un bic, une barbie, un kleenex, … ?  L’icône se fait chair et de sacrée devient profane … du moins, le croit-on !

 

A bien y regarder, l’icône moderne a tout de la divinité.  Jouant le rôle d’archétype, elle est pourtant loin d’être une simple image, elle génère du sens.  Même si ce dernier n’est pas identique pour tous, car l’iconicité présente cette particularité de différer pour chaque spectateur.  Ainsi, la force de l’icône est de dialoguer intimement avec chacun.

 

Comme son pendant sacré, l’icône moderne a besoin du support de l’image pour exister.  Comment nier le rôle de la photo, dédicacée ou non, apposée au mur ou précieusement conservée ?  Toutes les religions ont produit des images, même l’islam majoritairement aniconique a fourni des représentations de Mahomet.  Le support de l’image semble nécessaire en tant qu’objet d’adoration, de concrétisation du rêve.

 

Image, imaginaire, imaginer, imagination : un territoire sans limites à investir à volonté pour mettre des images sur la pensée et les rêves.  Un écran blanc pour cinéma intérieur où l’icône devient la projection d’un soi rêvé, idéalisé.

 

La passion éprouvée est vouée à ne pas dépasser le stade de la cristallisation inventé par Stendhal.  Passion non assouvie, elle ne s’affaiblit jamais.  Passion au réceptacle imaginaire, elle ne connaît aucun étiolement.

 

Un tel investissement peut s’avérer périlleux.  S’identifier au risque de se perdre.  Mais ce piège n’est pas le plus dangereux, il en cache un autre tout aussi redoutable.  Le pouvoir de l’image est tel qu’il impose ses normes à l’imagination, nous contraignant à rêver formaté, nous conduisant insidieusement à l’anesthésie visuelle, à la perte du regard et, à terme, à celle de notre liberté.

 

Sachant tout cela, je devrais me tenir à l’écart, tenter de construire ma liberté, mon opinion, ma vision loin des thèmes imposés.  Les icônes modernes sont-elles le nouvel opium du peuple, un stratagème destiné à nous focaliser sur des futilités, à occulter les vrais questionnements ?  Et puis, à mon âge, le chemin, en principe, a déjà amorcé sa courbe, pris l’orientation que j’ai voulu … ou la vie – plus souvent la vie, en fait ! - lui donner.  Suis-je encore perdue au point d’invoquer un porteur de flambeau ?  Au point de suivre des pas qui ne sont pas les miens ?  Raisonnablement (mais quel est donc le sens de ce mot ?), je devrais redresser la tête et marcher seule.

 

Mais quand l’icône provoque des interrogations et ouvre la porte sur des champs du savoir ?  Quand l’icône arrache les œillères ?

 

Quand l’icône montre des voies de liberté, faut-il l’adorer ou la fuir ?

 

Quand l’icône devient un miroir, le positif de mon négatif ?  Au fond de moi se déploie la pellicule photo oubliée dans le noir, celle qui attend le bain de révélateur et la lumière de l’agrandisseur pour apparaître enfin au jour.

 

Quand l’icône agit comme un accélérateur de particules qui ranime les énergies au plus profond et incite à oser, à se dépasser ?

 

Quand l’icône se dépouille du sacré pour révéler son humanité ?  Et, plus perturbant, quand l’icône se saborde elle-même ?

 

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Quand l’icône de beauté s’est dépouillée de son halo de lumière pour revêtir le pelage candide d’un animal fragile et joueur, quand l’idole prend chair et défaillance, ne vais-je pas m’égarer ?

 

Je me tourne vers le ciel et je ne vois plus rien.  Aucune lueur ne flotte.  Mais au-dedans de moi, la flamme s’est propagée de l’esprit vers le cœur.  Maintenant, je marche, irradiant ma propre lumière et je regarde sans pâlir la trace de ses pas qui s’efface.

 

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Par Lucrezia
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Lundi 3 janvier 2011 1 03 /01 /Jan /2011 21:45

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« En concert, j’ai la maîtrise totale de ce que je fais, alors qu’au cinéma, je m’abandonne au désir du metteur en scène ».  C’est, en substance, ce que Julien a répété plusieurs fois, séparant ainsi dans une opposition tranchée les deux parties de son art.  Ce raisonnement semble évident, logique et pourtant, je n’ai pas du tout la même impression.  S’il est vrai qu’en matière de choix de la set-list ou de conception de la scénographie, il exerce une maîtrise totale sur son travail, on sait cependant que toutes ces décisions ont lieu AVANT le spectacle.  Mais pendant … ? N’est-il pas nécessaire, presque artistiquement vital, de s’abandonner à la musique, de faire confiance au flux sonore et de se laisser porter ?

 

J’ai sans doute une vision idéalisée, mais sans tomber dans le mythe muse qui chuchote, poète prends ton luth et tout le folklore, l’art ne doit-il pas à un moment donné s’emparer du gouvernail ?  Et l’artiste, sans trembler, lâcher prise ?  Sans trembler, parce que l’abandon fait peur.  Dans nos sociétés régies par le rationalisme et le culte de la maîtrise, se jeter dans le vide les yeux fermés demande une solide dose de courage … ou de confiance.  Et puis, l’abandon n’est pas toujours assimilable à une chute, parfois c’est une ascension.

 

Aurait-on peur de soi-même ?  Quel être va surgir lorsque notre moi raisonnable acceptera de s’effacer ?

 

Pourquoi cette peur de l’abandon ?  Je remonte dans le temps jusqu’à l’étymologie du mot : « Du vieux français mettre à bandon : laisser au pouvoir de, livrer ».  Cela permet en partie de comprendre les réticences si s’abandonner conduit à se soumettre à un pouvoir d’autant plus effrayant qu’il n’est pas nommé.  Qui va prendre les rênes ?  Jusqu’où cela peut-il mener ?  Est-il prudent de laisser la part insoumise s’arroger tous les droits ?

 

L’abandon suppose aussi la perte de quelque chose, mais la difficulté d’identifier l’objet disparu ne peut qu’accroître les craintes.  Rien ne dit non plus qu’on obtiendra autre chose en échange.  Quand on aura accepté de se dépouiller, que restera-t’il au-delà du vide et du silence ?

 

L’abandon, ce mot qui diffuse des effluves de lâcheté, devient un acte de courage.  N’est-il pas le seul moyen pour « Etre à la hauteur du désir » comme Julien l’a dit un jour ?

 

Seul celui qui l’éprouve peut estimer l’intensité de son désir et y répondre parfaitement devient une gageure pour celui qui en est l’objet.  Se mettre à bandon est l’unique voie pour y parvenir.  Se livrer totalement à son art, au désir du public, s’abandonner à la couleur, au son, à la vibration.

 

Ce lâcher prise ouvrira aussi la porte à l’abandon réciproque du public qui, face à cette mise à nu, acceptera de se laisser guider jusqu’à l’inconnu, jusqu’au ténébreux ou à l’éblouissant, en toute confiance.  Accepter d’être traversé, transpercé, dépouillé.

 

A ce rendez-vous amoureux, faire un pas l’un vers l’autre et laisser choir à ses pieds comme un vêtement importun notre bogue de convenance pour retrouver la saveur primordiale et sauvage du fruit caché dessous.

 

Par Lucrezia
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 14:27

 

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Ton aura comme une lumière

Détourant ta silhouette

Scintillance singulière

Autour de tes courbes parfaites

 

Ton aura comme un mystère

Sur fond d’encre de nuit

Etincelante poussière

Gaze vaporeuse éblouie

 

Ton aura comme une crinière

Tissant tes cheveux insoumis

Et délicate dentellière

Balayant ton front d’incendies

 

Ton aura comme une matière

Liseré vibrant et palpable

Ganse moirée et princière

Rayonnement d’or inflammable

 

Ton aura comme une barrière

Intangible frontière

Invisible lisière

Repoussant mes mains cavalières

 

Ton aura comme une chimère

Un mirage, un miroitement

Qui me fait fermer les paupières

Et m’illumine en dedans.

 


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Par Lucrezia
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /Jan /2010 14:33

Ca fait un sacré bail que je n'ai plus rien posté ici, mais dernièrement, sur le forum, un sujet interpellant a été lancé : raconter "sa" propre tournée Ersatz, la manière dont on l'a vécue, ce qu'elle nous a apporté, ce qu'on en a retiré.  Pourquoi elle fut unique à nos yeux !  Et donc, let's write !

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Qu’on puisse quadriller Barcelone ou Paris à la recherche du mystérieux Julian Carax, comme je le comprends !  Parcours labyrinthique que l’on suit avec passion, avec espoir.  Ce récit fascine en tant qu’illustration parfaite de la quête de l’idéal.  Aspiration que l’on a en soi, discrète ou révoltée.  Que l’on peut nourrir ou affamer.  Au milieu du chemin de ma vie, comme Dante, je me retrouvai dans une forêt obscure et je cherchai la voie royale pour marcher vers une dimension supérieure.  Ce chemin doux sous mes pas, ce vecteur éblouissant, c’est à travers l’art que je l’ai trouvé.

 

" L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité."

Friedrich Nietzsche. " Ainsi parlait Zarathoustra "

 

Mais sans le savoir, il me manquait un guide et alors que mon regard ne le cherchait plus, il apparut.

 

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« […] quel est celui qui ne serait pas découragé en essayant de te reproduire telle que tu me parus dans l’air libre, là où le ciel t’environne de son harmonie! »

Dante, La Divine Comédie (Chant 30 - Purgatoire)

 

Et parce qu’il se révéla passage vers cet univers transcendant qui m’habite, je le suivis.

 
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Sous un soleil ardent qui augurait bien de cette jeune carrière, je vins à Orléans pour y entendre moi aussi le message de l’archange.  Ce que l’on appelle un showcase, une sorte d’aperçu, une ligne que l’artiste jette dans la rivière pour voir ce qu’il va ramener, me parut déjà extrêmement abouti et je me demandais s’il était réellement possible d’apporter des améliorations à ce concert.  Femme de peu de foi !  Si j’avais pu un instant deviner ce qui m’attendait !  Pourtant, j’aurais dû savoir et croire, Julien se rit des classifications, des simplifications, des conventions, de ce qui est admis et de ce qui ne l’est pas.  Le propre des grands artistes n’est-il pas d’ébranler sans cesse ce qui paraît immuable ?

 
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« L'art n'est pas un amour légitime ; on ne l'épouse pas, on le viole. »

Edgar Degas

 

31/10/08 : Bruxelles - Cirque royal

 
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L’étape suivante fut Bruxelles où dans l’arène du Cirque Royal, le génial saltimbanque me jeta son talent et son charisme à la figure.  De cette soirée me reviennent quelques flashs : le choc de ses épaules nues, le fracas des cymbales qui lance le concert, son intériorité immédiate, impressionnante sur les chansons calmes, les dorades en rafale, les premiers mots italiens sur ses lèvres, l’incantation de Bouche Pute et les cris primaux de Julien, la découverte de Brown ears et les frissons, le public debout dans les gradins circulaires et l’apprentissage douloureux des tempi disabitati qui succéderont à chaque concert.

 
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« C’est seulement quand nous n’avons plus peur que nous commençons à créer. ” William Turner

 

19/11/08 : Lille – L’Aéroneff

 

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Je dois absolument faire abstraction de l’organisation abominable de l’Aéroneff pour rendre à ce concert ses moments de plaisir.  La longue attente style parcage de bétail avant le rodéo et la cavalcade qui a suivi m’ont ôté la moitié du bonheur d’être présente ce soir-là.  Le fait que Julien avait mangé un clown croisé avec un lion ne m’a pas non plus laissé de souvenirs impérissables.  Ce n’est pas pour rien si j’ai adopté dans mon CR l’image d’une grande foire pour évoquer les différents moments de ce concert.  Mais je veux garder le meilleur malgré tout et ce symbole du tapis volant qui, sur le flux mélodique de Brown ears, m’a emportée très, très haut.  Je préserve aussi dans un coin chaud de ma mémoire son regard doux, son sourire gentil et son « Oh, c’est joli, ça ! » lorsque je lui ai tendu ma raclette naïvement décorée.  C’était l’époque de l’audace innocente !

 
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“L'artiste n'est artiste qu'à condition d'être double et de n'ignorer aucun phénomène de sa double nature.”

Charles Baudelaire

 

27/1/09 : Bruxelles - DH concert privé

 
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Nous avons toutes rêvé d’être conviées un jour à un concert privé dans un cadre intimiste, pas vrai ?  Grâce à Pomme et au concours de la DH, j’ai pu transformer ce vœu en réalité.  Echanger le sol dur et la vastitude obscure d’une salle de concert pour des tapis moelleux et un éclairage aux bougies, c’est le deal gagnant !  Ce fut certes moins long et moins élaboré, mais ce que l’on perdait en spectacle fut largement compensé par l’intensité et la proximité.  Julien lui-même était légèrement intimidé par ce tête à tête amoureux.  Arrivé sur la pointe des pieds comme à un premier rendez-vous, il nous a offert de la douceur et de la profondeur, de la sobriété et de la grâce.  Autant que je m’en souvienne, à l’after, tout le monde chuchotait, il y a des charmes qu’il ne faut pas briser !

 

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" Il n'est en art qu'une chose qui vaille : celle qu'on ne peut expliquer. "

Georges Braque. " Le Jour et la Nuit "

 

25/3/09 : Bruxelles – Ancienne Belgique

 
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Moins de deux mois plus tard, le retour à l’anonymat d’une grande salle.  Comme si l’on ne partait pas à la rencontre de la même personne.  Cependant, un des concerts les plus marquants pour moi, tétanisée par la puissante synergie qui unit Julien aux Bash.  Peu de paroles ce soir-là, mais des images fortes, notamment les 3 guitaristes alignés en bord de scène, à contre-lumière, auréolés.  Et la musique, rien que la musique !

 

Tout concourrait à une totale béatitude, mais il y eut le bémol de l’after !  Et je pense avoir été plus peinée qu’en colère, surtout peinée pour Cha et Pomme qui s’étaient investies à 100 % dans un travail remarquable !  Le lendemain, toujours soucieuse d’envisager le côté clair de la force, j’ai rédigé quelques mots que je n’ai pas postés.  Je ne voulais blesser personne.  Comme d’habitude, je tentais de comprendre, je lui cherchais des excuses.  L’éloignement dans le temps me permet de les livrer maintenant.

 

« Concernant la remise du recueil, je voudrais juste dire ceci (ce n’est rien d’autre que mon impression personnelle).  Il est évident que l’after n’est vraiment pas le meilleur moment pour remettre un cadeau et échanger quelques phrases.  On le sait, on le voit, mais comment faire autrement ?  C’est le seul moment possible, le choix ne nous est pas laissé.  Je pense aussi que le fait de recevoir un cadeau d’une telle qualité (car on voit au premier coup d’œil qu’il s’agit d’un album qui n’a rien d’artisanal, mais semble sorti d’une maison d’édition !) a pu mettre Julien mal à l’aise.  Grand timide et parfois maladroit (c’est vrai !), il a préféré le confier vite, vite à quelqu’un d’autre, ne pas l’ouvrir devant toutes ces personnes qui le regardaient.  Vous allez dire que je lui trouve encore des excuses, mais je pense qu’il a dû être désarçonné et embarrassé et qu’il a peut-être pensé que c’était trop personnel, trop intime, trop intense pour être défloré ainsi en public.  Evidemment, j’étais triste et déçue pour Cha et Pomme qui ont consacré un temps fou à la réalisation de l’album et j’imagine à quel point un manque de réceptivité a pu sembler navrant, voire blessant.  On a beau se préparer psychologiquement à une éventuelle froideur, blaguer avec les râteaux et garder son humour si précieux, il n’empêche que ce n’est pas évident de garder une distance.  Pourtant, je me dis qu’on en vivra d’autres, des situations comme celles-là, et qu’on va devenir très, très zen au final.

 

L’important pour moi, c’est que ce brusque repli soit contrebalancé par tant de générosité sur scène.  On le sait depuis le début, Julien souffle le chaud et le froid, c’est ce qui fait sa complexité, sa richesse, sa fascination.  On l’a choisi, lui, parce qu’il était atypique.  Il le sera sans doute jusqu’au bout ! »

 
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Chiaroscuro : sta a indicare il rapporto, messo in risalto dalla luce, fra pieni e vuoti.

 

8/4/09 : Paris – Olympia

 
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Le Temple.  Dans la pénombre rougeoyante, un dieu éblouissant, brandissant des éclairs, m’a foudroyée sur place.  Vous le saviez, vous, que la signification du prénom Julien était « Jove’s child », enfant de Jupiter ?  Je l’avais lu quelque part, j’ai pu le vérifier ce soir-là !  Pour je ne sais quelle obscure raison (l’éloignement, le prix, le manque de motivation), cette salle mythique, je m’étais toujours dit que je n’y pénètrerais jamais.  Il aura fallu Julien pour que, soudain, tout paraisse possible, évident !  Je n’oublierai pas ce « Merci d’avoir été là pour mon premier Olympia » et la salle entière debout qui l’ovationne et cette immense fierté en apercevant les grandes lettres rouges sur la façade.  Une place tellement incontestable !

 
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Qui a dit « L’art est la clé de voûte de l'humanité » ?

 

12/7/09 : Liège – Les Ardentes

 
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Le rendez-vous manqué.  Alors que Julien vient enfin dans ma ville, je suis en Toscane à des années lumière et j’y pense encore avec mélancolie.  C’est l’une de ces histoires où les protagonistes s’entrecroisent sans s’apercevoir et partent chacun dans une direction opposée sans pouvoir revenir sur leurs pas.

 
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« On ne donne pas rendez-vous à ses rêves.  Ils viennent vous rendre visite quand ils en ont envie et pas quand vous en avez besoin. »

Yvan Audouard – Le sabre de mon père

 

20/11/09 : Saint-Amand – Le Pasino

 
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Un concert où l’émotion a prédominé, sur scène et dans la salle.  L’intériorité aussi, comme s’il entrebâillait discrètement la porte sur une intimité timidement dévoilée.  Beaucoup de fatigue perceptible, mais aussi une volonté de ne rien lâcher, de donner jusqu’au bout.  Des Figures imposées et sa couronne musicale de guitares autour de Julien à son aveu chuchoté sur les derniers scintillements de Brown ears, je suis restée en apesanteur.  Mes émotions mêlées, mélangées, imbriquées aux siennes.  Oui, spirituellement, il me prit pour amante contre cet arbre si bien chanté du petit bois de Saint-Amand.

 
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" Le travail de l'artiste est de toujours sonder le mystère. "

Francis Bacon.

 

21/11/09 : Mayenne – Le Kiosque

 
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Le bateleur dans toute sa splendeur, celui qui, sous couvert d’humour et de badinage, décoche quelques remarques piquantes.  Le sale gosse insolent qui profite de son « immunité » pour répandre du poil à gratter.  C’est vrai qu’il a manqué d’élégance ce soir-là, mais le respect du public a emprunté d’autres voies que les mots.  Ce soir-là, j’ai réalisé aussi que mon désir initial d’approcher Julien, de lui parler, de paraître dans sa vie m’avait totalement quittée.  Ce qu’il m’offre suffit amplement à combler mes attentes, mes tristesses, mes regrets.  Je ne ressens plus le besoin de toucher du doigt mon utopie.

 
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« Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays de l'utopie n'y figure pas. »

Oscar Wilde

 

9/12/09 : Paris – Le Bataclan

 
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Peut-on aller au-delà de soi-même ?  Peut-on offrir ce que l’on ne pensait pas receler ?  Avant, j’aurais dit « non ».  Depuis ce soir de décembre, je sais que c’est possible. Je suis repartie les mains, l’âme et le cœur pleins.  Des provisions de splendeur pour affronter l’hiver et l’absence.

 

Brown ears m’a atteinte physiquement tant l’émotion ressentie fut intense.  En une fraction de seconde, j’ai été renvoyée à l’époque où, gamine, une émotion esthétique provoquait chez moi une chute de tension.  J’étais souvent prise de vertige en entendant un chant qui me transportait, puis le passage du temps a mis la flamme sous l’éteignoir.  Mais être adulte, est-ce parvenir à maîtriser l’irrationnel ?  Ne serait-ce pas plutôt accepter de parfois tomber dans nos failles ?  I know him, ce tourbillon qui se lève en moi et qui m’aspire.  Je n’ai pas cherché à le dominer, je l’ai laissé me balayer.

 
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" L'objet profond de l'artiste est de donner plus qu'il ne possède."

Paul Valéry. "Cahiers"

 

 

 

Un an et demi de tournée.  C’est long et les forces s’épuisent.  C’est court au regard de l’évolution de l’artiste.  Entre le Julien d’Orléans et celui du Bataclan, qui pourrait deviner qu’il n’y a que 18 mois ?  Certains mettent des années pour accomplir un tel parcours.  Mais le plus incroyable se situe encore ailleurs.  Cette prodigieuse évolution n’est pas concentrée sur elle-même.  En me glissant dans son sillage, elle m’a grandie.  Elle a affiné mes perceptions, développé des qualités ignorées, souligné l’invisible.  J’ai rencontré un « moi » que je ne connaissais pas à travers un « lui » magnifié.

 


conclusion

 

“L'artiste moderne tire l'éternel du transitoire.”

Charles Baudelaire

 

Par Lucrezia
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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 11:32
Il n'est pas dans mes habitudes de publier un CR de concert ici, mais là, l'évènement était trop important pour passer outre.

Pas de CR fleuve cependant pour résumer mes impressions sur le concert de l’Olympia.  Je préfère laisser remonter doucement les flashs de ma mémoire, un ensemble de séquences brèves, désordonnées, des fragments lumineux d’une soirée grandiose.  Quand j’ai cherché un mot pour qualifier ce concert, une seule expression m’est venue à l’esprit : DU GRAND ART !

 

Automne 2007 : j’écris ces mots et j’en rêve :

 

« Affiché au fronton du temple olympien,

Ton nom resplendira comme un soleil, Julien. »

 

Printemps 2009 : je lève les yeux et je vois :




J’aurais fait le voyage jusqu’à Paris rien que pour contempler la façade du temple.  Pour ressentir cette joie immense et la fierté qui me gonfle le cœur.

 

C’est mon premier concert en mezzanine.  Jusqu’à présent, j’ai toujours été relativement collée à la scène.  Je craignais un peu de ne pas ressentir les mêmes émotions.  Mais je n’ai rien perdu au change, parce que ce n’est tout simplement pas comparable.  Les perceptions sont assez différentes de près et de loin et ce que l’on ne ressent pas aussi fortement est compensé par la découverte d’éléments indécelables de près.  De loin, je suis frappée par l’énergie (presque un courant électrique) qui se dégage de la synergie entre Julien et the Bash.  Les 5 artistes sur scène agissent en totale interaction et les mouvements de chacun produisent un flux tourbillonnant qui nous emporte.  De loin, les yeux sont subjugués par les jeux de lumière, très diversifiés, étonnants.  Sans conteste, un élément à part entière du spectacle, un alambic distillant le rhum ambré et la phosphorescente absinthe.

 

L’investissement total de Julien dans son art, malgré les souffrances occasionnées par sa cheville, malgré l’attelle qui le bloque.  Il donne tout, repoussant les limites des émotions.  Une implication entière, à nu, à vif.  C’est Prométhée qui s’arrache lui-même les tripes pour nous offrir le feu et la beauté.

 

Au fil des concerts, je remarque une évolution perpétuelle.  La voix de Julien a pris de l’ampleur, de la subtilité, de la souplesse.  Elle est de plus en plus belle, prenante, bouleversante.  Les orchestrations sont plus raffinées et inventives de concert en concert.  Ce retravail permanent, tant au niveau vocal que musical, force l’admiration.  Loin des productions formatées, standardisées et d’un ennui mortel, chaque concert est une œuvre d’art unique !!

 

J’étais impatiente de découvrir le néon de fond de scène.  Je n’ai pas été déçue !  Il est beaucoup plus grand et surtout plus stylisé que ce que j’imaginais.  C’est la classe !  La signature visuelle qui manquait !

 

J’ai aimé la montée en puissance au fil du concert, doublée de l’enthousiaste de plus en plus manifeste du public.  Au début, les applaudissements étaient déjà chaleureux, mais on sentait une certaine retenue, comme une timidité, une attente.  Et puis, les viva se sont mis à enfler, les cris se sont amplifiés.  Et la salle a gravi elle aussi l’escalier festif jusqu’à l’éruption finale.  Tout l’Olympia debout, bras tendus vers le ciel, hurlant son amour pour l’artiste.  J’étais très émue et au comble du bonheur !

 

Le sourire gentil des parents de Julien juste avant le spectacle et l’aveu timide et discret de leur stress.  Comme on les comprend !  De même que j’ai compris leur fierté et leur liesse à la fin !  Et les regards circulaires et heureux de Monsieur Doré sur une salle de plus en plus embarquée.  Et le bonheur affiché sur leurs fronts !

 

Je veux la même grand-mère que Julien !  80 ans et un punch de jeune fille !  Quand elle a fait tourbillonner son écharpe blanche au balcon, comme une jeune fan transportée, je me suis dit qu’elle venait de recevoir le plus beau cadeau d’anniversaire de sa vie.

 

La classe et l’élégance de Ticrabe qui a déshabillé Julien comme dans la chanson de Juliette Greco, « pas trop vite, avec délicatesse, en souplesse et doigté, avec des gestes ni trop lents, ni trop lestes, sur sa peau ! »  Je pense que Julien a dû ressentir à la fois le respect et la friponne légèreté de cet effeuillage impromptu !  Ticrabe, tu as été une raclure à la hauteur, conjuguant avec maestria l’audace à l’admiration !!!

 

L’image de Julien lançant ses cymbales avec rage à la fin de Brown ears, celle d’un gladiateur vainqueur jetant ses armes dans la poussière de l’arène.

 

Le moment émouvant de totale communion du public et des artistes sur le final « Excellent ».  Julien, comme un chef d’orchestre, modulant du geste, du regard et de la voix les réparties chantées du public.  Et nous de nous époumoner et de susurrer alternativement, dans l’espoir que le concert ne finisse jamais.

 

Que dire sur l’instant poignant des remerciements, sur sa voix brisée par un gros sanglot contenu avec peine ?  Sur son visage baissé, caché derrière le frêle rempart de ses boucles dorées ?  Sur son sourire extatique et ses regards éblouis vers la salle ?  Sur sa petite phrase, tous masques abaissés : « Je suis bien plus à l’aise dans le registre du cynisme que de l’émotion et me voilà bien attrapé ! » ?  Il n’y a guère de mots assez fidèles pour exprimer ce que j’ai ressenti à cet instant.  Je me suis juste rappelée la phrase qu’il avait prononcée en boutade pendant le concert : « Je n’ai jamais su dire je t’aime » et pourtant, il venait de nous le dire pendant deux heures.  Comme nos mains et nos voix le lui ont crié à la fin.

 

A l’image de ce concert flamboyant, les rouges de l’Olympia, s’étalant sur le sol, recouvrant les murs, emballant les fauteuils, ceignant les balcons, un déferlement pourpre et grenat.  La salle comme un gros cœur battant, pulsant sa joie comme un sang riche et généreux.  Ecrin somptueux pour inestimable joyau.

 

Son premier Olympia : j’y étais !  Je n’aurais pas échangé ma place pour tous les trésors du monde.  L’or en fusion qui m’a été offert coule encore dans mes veines incendiées.

 

Par Lucrezia
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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 11:20

Il y a bien longtemps que je n’ai plus rien écrit.  En fait, je me suis arrêtée, parce qu’à un moment donné, j’avais l’impression de toujours touiller dans la même soupe avec la même cuillère.  Et c’était évidemment lassant, autant pour vous que pour moi.  Mais dernièrement, en lisant plusieurs CR de concerts, j’ai été interpellée par quelques réflexions sur le temps que l’on voudrait arrêter, sur les instants magiques que l’on voudrait retenir.  Et j’ai écrit ce petit conte philosophique auquel, j’espère, vous penserez un instant lors de votre prochain concert, quand, portées par la magie du moment, vous sentirez que la beauté des choses est indissociable de leur fugacité.

 

Désolée si c’est un peu long, mais je n’ai pas voulu poster en plusieurs fois, pour ne pas casser l’atmosphère du conte.


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C’est une montre d’aspect banal.  Elle est même un peu vieillotte et il faut la remonter pour qu’elle fonctionne.  Elle a dû être conçue avant les systèmes à quartz.  Je l’ai trouvée un jour dans les bois, en faisant mon jogging.  Il faisait particulièrement boueux et connaissant ma propension à me choper la moindre racine qui dépasse, je regardais attentivement le sol pour vérifier où je posais les pieds.  J’ai vu luire un éclat argenté comme seul peut en produire un bijou ou un objet métallique et j’ai continué à courir.  Pas envie de m’arrêter pour ramasser ce qui devait certainement être un débris.  Mais cent mètres plus loin, j’ai fait demi-tour, la curiosité sans doute !  Je me suis penchée et j’ai écarté quelques feuilles pour dégager la chose.  Une montre !  Pas très belle et vraisemblablement fichue !  Même si quelqu’un l’avait perdue et non jetée là, avec cette humidité, tous ses rouages devaient être bloqués, rouillés.  J’ai esquissé le geste de la reposer, mais je l’ai mise dans ma poche.

 

Une fois rentrée, je l’ai nettoyée un peu et j’ai tenté de tourner le remontoir.  Surprise, j’ai vu la trotteuse entamer sa série de petits sauts précis sur son immuable tour de piste.  A mon oreille, la montre chuchotait tic tac, tic tac, agréablement.  Pas de marque visible sur le cadran.  Sûrement une montre suisse et de qualité pour avoir résisté à un bain de boue !

 

Je ne l’ai pas remarqué tout de suite, c’est dans le noir que je l’ai vu, quand j’ai eu posé la montre sur ma table de chevet et que j’ai éteint la lampe pour dormir.  En haut du boîtier, un petit bouton émettait une faible lumière dorée.  Etrange !  J’ai rallumé.  Peut-être un système de réveil-matin ?  Ce serait pratique.  J’ai poussé plusieurs fois sur le bouton, mais rien ne s’est produit.  La lumière ne s’éteignait pas, la trotteuse continuait sa ronde nocturne.  Un gadget, sans nul doute !

 

Le lendemain, je ne devais pas sortir.  J’ai vaqué à mes occupations en oubliant la montre.  Le jour suivant, je l’ai rangée dans le tiroir.  J’ai été un peu surprise de voir qu’elle fonctionnait toujours sans que je l’aie remontée.  Décidément, de la fine horlogerie !!

 

Ce n’est qu’une semaine plus tard que je l’ai ressortie du tiroir.  J’avais un rendez-vous important et je me suis dit qu’une montre serait un auxiliaire non négligeable.  Avant de l’attacher à mon poignet, j’ai voulu la régler, mais elle indiquait déjà l’heure exacte.  Pourtant, je ne me souvenais pas de ….  Bon, je ne voulais pas me prendre la tête avec des énigmes, j’avais d’autres soucis à affronter.

 

Une convocation pour un emploi, c’est toujours stressant.  Que va-t’on me demander ?  Que faut-il veiller à dire et à ne pas dire ?  Je me posais toutes ces questions dans le petit bureau où l’on m’avait prié d’attendre, chipotant nerveusement le bracelet de la montre.  La porte était restée ouverte et dans le couloir passaient des gens affairés, dossier sous le bras, téléphone à l’oreille.  Ca n’avait pas l’air de rigoler avec le timing par ici !

 

C’est sans doute par inadvertance que j’ai appuyé sur le bouton à lumière dorée.  Et tout à coup, le monde s’est figé.  Une jeune femme a stoppé son élan pile devant la porte, un pied encore en l’air, un bras tendu vers un interlocuteur invisible.  Je ne savais pas que le trac pouvait engendrer des hallucinations !  Ca m’a fait peur, je me suis frottée les yeux, mais quand je les ai rouverts, la jeune femme était toujours statufiée dans le couloir.  En tremblant, je me suis levée et j’ai jeté un œil aux alentours.  C’était Pompéi, moins la lave.  Chacun fixé dans son occupation du moment, avec des gestes pétrifiés.  Je me suis approchée de la jeune femme, elle respirait.  C’était le seul signe visible de vie.

 

Vous pensez peut-être que j’ai exploré tout l’étage.  C’est ce que vous auriez fait à ma place ?  Et bien non, j’ai pris peur et je suis vite retournée m’asseoir dans le petit bureau.  Etait-ce vraiment moi qui avais provoqué cette suspension temporelle ?  Comment faire pour que la vie redémarre ?  En tremblant, j’ai repoussé sur le bouton lumineux et la jeune femme a posé son pied par terre pour rejoindre son collègue.  Personne ne semblait inquiet ou surpris.  J’étais apparemment la seule personne consciente de ce qui venait de se produire.  Trop bouleversée pour envisager d’avoir l’air normal lors de l’entretien qui m’attendait, je me suis levée précipitamment et ignorant la voix qui me hélait « Madame, Madame, où allez-vous ?  Monsieur Cappelli va vous recevoir ! », je suis partie sans me retourner.

 

J’ai respiré goulûment l’air du dehors et j’ai marché, vite, au hasard.  A cette heure de pointe, les rues étaient envahies de piétons et de voitures.  J’avais une envie folle d’appuyer à nouveau sur le bouton lumineux.  Je voulais être sûre.  Mais sans me faire remarquer.  Un petit square, un banc.  Je me suis assise et clic.  Comme dans les bureaux, la vie s’est figée instantanément : les gens, les chiens, les voitures, les enseignes clignotantes, …. même le vent.  Fabuleux !  La montre à arrêter le temps !  Je me suis levée et j’ai traversé la foule.  Puis j’ai osé toucher une petite fille, j’avais peur que mon contact ne la « réveille », mais elle demeura immobile.  Je fus tout à coup prise de vertiges face aux possibles usages de cet objet véritablement magique.

 

Les premiers qui me vinrent à l’esprit furent malhonnêtes, je dois bien l’avouer.  Il était tentant de s’introduire dans un magasin, d’y prendre tout ce dont j’avais envie et d’en ressortir tranquillement.  Qui pourrait m’en empêcher ?  Qui saurait ?  Mais très vite, je me dis qu’un tel objet ne méritait pas d’être utilisé à des fins aussi viles.  Si j’étais médecin, je pourrais éviter beaucoup de douleurs à mes patients.  Plus simplement, en étant attentive, je pourrais apporter aide et soulagement dans de nombreux cas de figure.  Mais avais-je le droit de bouleverser le cours des choses ?  Se prendre pour Dieu n’est-il pas en fin de compte très dangereux ?

 

Je me sentais plus seule que jamais, effrayée par cette prise directe sur le destin.  Je me suis demandée s’il était possible que quelqu’un m’accompagne dans cette errance parallèle.  Décidée à vérifier cette hypothèse, je suis rentrée dare-dare chez moi après avoir rendu le mouvement à la ville.  J’ai pris mon chat dans les bras et j’ai appuyé sur le bouton lumineux.  Il a continué à ronronner et à s’agripper à mon épaule.  J’étais heureuse que quelqu’un puisse m’escorter dans mon no man’s land d’immobilité.  J’ai ouvert la porte et tous les deux, nous avons parcouru le quartier.  Seuls au monde.  Même les feuilles sur les arbres n’étaient agitées d’aucun frémissement.  C’était grisant et effrayant aussi !  Avais-je découvert l’ultime solution pour contrer la mort ?  Est-ce que je cessais de vieillir dans cet espace temps inconnu ?  Et ceux autour de moi, dont le cœur battait toujours ?  Si les organismes continuaient à fonctionner, forcément le processus de vieillissement poursuivait son oeuvre.  Je me suis sentie coupable de voler du temps de vie à mes semblables.

 


Cette montre posait décidément des problèmes philosophiques que je n’avais pas imaginés.  Faudrait-il remettre en cause toute la théorie de la relativité, la quatrième dimension ?  La notion de temps pouvait-elle exister en dehors d’une perception humaine ?  Le découpage temporel était-il forcément arbitraire ?  Si j’arrêtais le monde pendant une journée complète, le cours normal des choses en serait-il bouleversé ?  J’ai senti mes idées s’embrouiller et je suis rentrée chez moi avec mon chat.  Stop !  Il valait peut-être mieux ranger définitivement cette montre et ne plus s’en servir.  J’allais peut-être créer des torts immenses sans m’en rendre compte.  J’ai ouvert le tiroir et je l’ai enfouie sous un monceau de papiers divers.

 

J’ai tenté de reprendre une vie normale, en essayant d’évacuer de mon esprit jusqu’à l’existence même de cet objet miraculeux.  Ce n’était pas facile !  Je refusais de me l’avouer, mais j’avais été profondément bouleversée et je ne parvenais plus à voir les choses sous l’angle habituel.  J’étais traversée d’envies d’intervenir, d’influer, de modifier.  Des centaines de questions me taraudaient malgré moi.  Et puis …. j’ai pensé à Julien.

 

Prochain concert, 18 jours plus tard !  J’ai toujours déploré que ces moments intenses soient trop vite passés, que je ne puisse en prélever tout le suc, que mes mains tendues ne palpent que la poussière du définitivement révolu.  Je m’étais promis de ne plus utiliser la montre, mais …  Qui, à ma place, aurait résisté à la tentation ?

 

Ces journées furent interminables, bien que mes pensées soient hantées par toutes les possibilités qui s’offraient à moi.  Je tentais d’endiguer les folies qui me venaient à l’esprit, de dresser d’infranchissables barrières, mais, tumultueuses comme vagues démontées, les idées affluaient, extravagantes et insensées.  Il me faudrait être forte, je le savais.

 

Enfin, le jour du concert est arrivé.  Je suis allée rechercher la montre dans le tiroir.  Je ne fus pas étonnée de constater qu’elle ne s’était pas arrêtée.  Doutant toujours, mais plus que jamais déterminée, je l’ai attachée à mon poignet et je suis partie.  Pendant le trajet, je songeais que, déjà, cette montre pouvait m’éviter l’attente interminable dans le froid et que pour bénéficier d’une place au premier rang, il me suffirait d’arrêter le temps juste au moment de l’ouverture des portes et de me glisser, ni vu, ni connu, parmi les mieux placés.  Et pour peu qu’on se tienne la main, je pourrais même faire profiter les autres Crazys présentes de ce privilège.  Mais comment leur expliquer ce prodige ?  Et en fin de compte, je n’étais pas certaine de ne pas regretter cette longue attente qui permet les conversations, les délires, tous les plaisirs d’un bavardage débridé et gonflé d’excitation.

 

Quand je suis arrivée devant les portes et que j’ai retrouvé mes chères Crazys qui m’attendaient, j’ai eu la réponse à ma question.  C’était un moment à vivre ensemble !  Une fois le concert commencé, il serait toujours temps d’utiliser la montre.

 

Comme souvent, congelées et déjà raidies par les dos douloureux, nous avons fini par pénétrer dans la salle et par nous agglutiner tout contre la scène.  Pas de barrières, pas de dénivellation importante, le pied !!  Mon cœur battait plus fort encore que de coutume lorsque Julien est apparu dans un halo luminescent.  D’un coup de cymbales, il a aboli la durée et l’espace.  Et au fil des chansons, j’ai tout oublié de mes projets, happée par le flux enflammé de la musique et de sa voix.  Une perte de conscience momentanée, comme l’impression de ne plus exister que par et pour lui.  En décalage, en décollage, loin de la réalité du monde extérieur.

 

Pourquoi rêver de vivre ces moments seule, alors que l’échange de regards, le partage avec les amies est une part inestimable de l’intensité de l’instant ?  Finalement, j’avais été bien sotte avec cette montre.  Rien ne vaut la fugacité des choses.  Ce qui rend chaque minute si précieuse, c’est précisément la conscience qu’elle meurt définitivement, sauf dans notre souvenir. 





Je me suis sentie légère, délivrée.  Et là, Julien est descendu dans le parterre avec ses musiciens.  Le cou tendu, les yeux fermés, la bouche comme offerte, il a commencé à chanter sans micro, sans intermédiaire, sans distance.  Il m’aurait suffi de tendre un bras pour le toucher.  Si proche.  Si inaccessible.  C’est alors que j’ai faibli.

 

J’ai jeté un regard circulaire pour voir si personne ne faisait attention à moi.  Ben tiens, évidemment que personne ne faisait attention à moi, tous les regards étaient rivés sur Julien.  Je me suis un peu avancée pour être certaine que personne ne me touche et discrètement, j’ai appuyé sur le bouton à la lumière dorée.  La salle s’est éteinte d’un coup et tout s’est immobilisé.  Je n’entendais plus que le ressac léger des respirations.  J’ai attendu un instant que mes yeux s’habituent à l’obscurité et j’ai fait un pas vers Julien.  Le voir ainsi m’a rappelé toutes les visions du Bernin qui m’ont hantée en contemplant sa chair de marbre.  J’ai tendu la main et une immense détresse m’a envahie.  J’avais tant rêvé de prolonger les instants de grâce et ce n’était qu’une illusion.  Quand tout s’arrête, il n’y a plus de magie.  Le seul moyen d’y parvenir aurait été d’entraîner Julien dans mon exil temporel, mais comment lui expliquer ?  Il aurait sans doute eu très peur et m’en aurait voulu.  C’aurait été bien étonnant qu’il consente à jouer rien que pour moi.

 

Rien que pour moi !  Quelle idiotie !  Comme les choses sont fades quand on ne peut les partager.  Dans la pâleur des visages statufiés autour de moi, resplendissait malgré tout l’éclat des regards extatiques.  Et cet éclat, je venais de le perdre.  Quel plaisir à vivre dans un monde où Julien serait muselé, ligoté, empêché ?

 

Avant de repousser sur le bouton lumineux, j’ai quand même voulu toucher ses cheveux.  Impression de fourrure féline, magnétique et sensuelle.  J’ai relevé délicatement une mèche tombante pour mieux voir ses yeux.  Je n’ai rencontré qu’un vide silencieux.  Le flux vital arrêté n’a pas de langage.  J’éprouvais amèrement la déception de l’absence.  Pour lui rendre un peu de matérialité, je me suis approchée encore pour le respirer.  CC avait raison : il embaumait le sucre et la sueur qui sent bon.  Mon doigt a glissé le long de sa joue moite, a effleuré ses lèvres entrouvertes et son cou et son bras et …  Quelle tristesse de caresser un corps sans qu’il frémisse !  J’ai voulu entrebâiller un peu le T-shirt trempé.  Je me suis figée à mon tour.  Un mot en fulgurance m’a traversé l’esprit comme une estafilade : viol.  Mes attouchements à l’insu de toute conscience étaient un attentat.  Comment n’y avais-je pas réfléchi plus tôt ?  Je me sentais vile et honteuse.  Je me serais giflée.

 

Je cherchais nerveusement le bouton lumineux, mes mains tremblaient.  Mais je n’ai pas appuyé.  J’ai détaché le bracelet et j’ai regardé une dernière fois la montre.  Je savais qu’il en aurait davantage besoin que moi.  Ce ne fut pas évident de glisser l’objet dans sa poche, pfiou, qu’est-ce que c’est collant, un slim !  Voilà, Julien, tu ne sauras sans doute jamais d’où cet étrange cadeau provient, mais tu comprendras très vite comment l’utiliser dans les moments de stress intense, dans les bousculades ou quand tu seras pris à la gorge par des délais trop courts.  Qui n’a jamais rêvé d’avoir 48 heures dans une journée pour accomplir tout ce qu’il souhaite ?

 

Quelques années se sont écoulées depuis ce soir-là et je sais que Julien est devenu le maître du temps, même si je n’ai jamais aperçu la montre à son poignet.  Il est d’ailleurs assez intelligent pour ne pas l’exhiber et risquer des questions indiscrètes.  Mais il est parvenu à mener de front sa carrière musicale (un album par an … quand même !), ses tournées, ses rôles au cinéma, ses concerts et ses enregistrements avec les DUE et maintenant, on annonce la parution d’un livre et la mise en scène d’un premier long métrage.  Personne n’a son envergure artistique.  Beaucoup se demandent s’il est insomniaque ou si quelqu’un, dans l’ombre, lui file un coup de main.  La question récurrente chez les journalistes : mais, pour vous, Monsieur Doré, le temps est extensible ?  Julien ne répond pas, il se contente d’esquisser un petit sourire en regardant la caméra.  Sa façon de me dire merci, sans connaître mon visage.  Je n’ai jamais plus posé une main sur Julien, mais ce secret qui nous lie est plus fort qu’un pacte de sang.

 

Dernièrement, j’ai vraiment eu envie d’une photo avec lui.  Jusqu’à présent, j’avais toujours fui cette opportunité.  Mais quelle importance maintenant que j’aie le double de son âge ?  Nous savons tous deux que le temps est un leurre, que les années comptabilisées sont un arbitraire et illusoire découpage que l’on peut replier ou étendre à sa guise, que le futur n’est pas toujours demain et qu’un homme de 30 ans a peut-être connu plus de battements de cœur que n’importe qui.  Je rêve de l’accompagner une fois dans son exil temporel, mais je garde le silence.

 

J’ai voulu garder la trace photographique de cet instant où il a posé une main sur mon épaule, où sans sourire, il a rapproché sa tempe de la mienne, où sans rien me dire, il m’a parlé d’amour et de réciprocité, de don et d’échange.  Quand il s’est redressé, sa main a glissé le long de mon bras et a ouvert délicatement la mienne pour y glisser quelque chose dans ma paume.  D’une pression discrète, je lui ai fait comprendre que j’avais reçu et gardé.

 

Au toucher, j’ai identifié tout de suite un petit papier étroitement replié.  Je l’ai glissé dans mon sac sans l’ouvrir.  Je ne pouvais pas, dans l’agitation du moment, c’aurait été comme éventer vulgairement un vin de prix.

 

J’ai attendu le lendemain avant de déplier le papier, j’étais trop émue.  D’abord, les lettres ont dansé devant mes yeux, puis elles se sont immobilisées.  Le texte était très court, mais il n’avait pas besoin de m’en dire plus.  De sa belle écriture déliée, juste ces mots :

 

« Oeuvre d'art : un arrêt du temps ».

Pierre Bonnard, extrait des Carnets

 

 

Par Lucrezia
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 14:15



Serait-ce le énième paradoxe ?  Julien est un homme au caractère fort, à la personnalité affirmée, quelqu’un qu’on ne peut confondre avec personne d’autre, pas plus que l’on ne peut se tromper à la première note chantée.  Une voix identifiable entre mille timbres, un talent unique et instantanément reconnaissable.  Et pourtant, il est aussi le support vierge à graver, la page blanche à écrire, la glaise brute à façonner, ductile, souple, offert à nos rêves et à nos souhaits, imaginaire plasticine.  Le mot « réceptacle » a été prononcé et la surface déployée se creuse tout à coup et acquiert de la profondeur.  C’est un vase précieux où nous allons pouvoir déverser nos désirs.

 

Je ne sais pas si c’est un rêve ou si je touche au terme, s’il est la Parque venue pour couper le fil de mon existence.  Mais là, il ferme les yeux et il me dit : "Tu as droit à un dernier souhait, je serai ce que tu veux, tel que tu le veux".

 

Mais Julien, tu es déjà ce que je veux, tel que je le veux.  Je l’ignorais sans doute avant que tu paraisses, mais tu incarnes tout ce que j’attendais.  Alors, ne change ni d’apparence, ni d’âme, ni de cœur.  Tu penses peut-être que, pour mes derniers instants, je vais te demander de m’aimer.  Oui, mais pas comme tu le crois.  Retire juste ton T-shirt et ouvre-moi les bras.  Allonge-toi, je veux me coucher contre toi, déposer mon profil sur ta poitrine nue pendant que tu chantes pour moi.  Je veux sentir la colonne d’air remonter de tes poumons à ta gorge et sortir par ta bouche, entendre ta voix vibrer à l’intérieur et à l’extérieur de toi et la recueillir voluptueusement au bord de tes lèvres.  Mais surtout, je veux que tu me fasses croire que ce moment est aussi capital pour toi que pour moi, que ton dernier souhait est de me serrer fort pour entrer dans la nuit.  Je ne veux pas que tu lâches ma main en montant dans la barque.  J’ai tellement peur de partir seule.

 

Par Lucrezia
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 14:12



La mort m’a toujours fait peur

 

Mais si la mort a ta voix

Une caresse sonore, un apaisement

 

Mais si la mort a tes yeux

Un azur d’oubli pour noyade sans regret

 

Mais si la mort a tes lèvres

Abandonnées au souffle d’un dernier baiser

 

Mais si la mort a tes mains

Pour guides du passage, messagères de la nuit

 

Mais si la mort a tes bras

Fermes et rassurants, une amoureuse étreinte

 

Mais si la mort a ta peau

Soyeuse et diaphane, vibrante à mon désir

 

Mais si la mort a ta douceur

Une invitation sans violence, un berceau où poser mon fardeau

 

Mais si la mort a ton abandon

Offrande absolue à mon rêve ultime

 

Mais si la mort a ta beauté

L’Art miraculeusement fait chair, l’indicible perfection

 

Alors, je n’ai plus peur

 

 

(*) J’espère que Baudelaire ne m’en voudra pas d’avoir détourné sa formulation.

 

Par Lucrezia
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 11:52


















 




Tous, ils se trompaient tous … à moins qu’ils n’aient tenté de nous tromper.  Pourquoi ont-ils tous peint le serpent susurrant ses paroles enjôleuses à Eve ?  Quel est le patriarche aigri qui décida un jour que la tentation revêtait forcément une apparence féminine ?

 

Pendant des siècles, on nous a présentées comme l’incarnation du péché, les responsables de la damnation éternelle.  Par notre faute, le genre humain a été chassé du paradis, tâche originelle, déchéance, souffrance, expiation et rablabli et rablabla.  Vingt siècles qu’on nous rabat les oreilles avec ça !  Et que les hommes nous regardent d’un air accusateur.

 

Et s’il y avait erreur sur la personne ?  Tout le poids de la faute pesant sur les épaules de la femme, est-ce bien certain ?  Je m’interrogeais et puis, j’ai vu.


 


J’ai vu le péché s’étirer voluptueusement sur les épaules de l’homme.  J’ai vu que le le tentateur est mâle.  De connivence avec le serpent, il avance, plein de charme, et leurs corps souples ondulent en cadence.  Sa bouche murmure des mots caressants et nous, pauvres mortelles, filles d’Eve sans défense, nous succombons extatiquement.  Avec volupté et sans crainte du châtiment, puisque tout a été mensonge.  Le paradis est entre ses bras et l’arbre de la connaissance est son corps ferme et doux où toutes les pommes attendent d’être croquées.  Je me veux, haut et fort, pécheresse et Dieu me garde de jamais éprouver le moindre repentir !

 

 

Par Lucrezia
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 11:50



Les sentiments mièvres ne m’intéressent pas.  Pas plus que je n’admets en art la tiédeur, le dilettantisme ou la compromission.  J’ai besoin d’être remuée, voire brutalisée par l’œuvre.  Depuis toujours, j’ai cette conviction que la création artistique ne va pas sans une certaine violence.  Parfois imperceptible lorsqu’on se trouve devant l’œuvre achevée.  Mais avec Julien, tout le processus créatif est exposé, déroulé devant nous comme un somptueux tapis pourpre.  Et au fil du concert, nous le voyons extirper dans la douleur ce qui constitue la part la plus authentique de lui-même.  A nouveau en référence à Baudelaire, son spectacle pourrait s’intituler « Mon cœur mis à nu ».

 

Julien me bouleverse parce qu’il est d’une sincérité absolue, parce qu’il ne triche pas sur scène, parce qu’il ne craint pas les plongées vertigineuses dans les tréfonds de lui-même.  Il est ce mineur rampant dans les galeries étroites et suffocantes pour en exhumer la pépite resplendissante.  Il en ressort cassé, fourbu, abîmé, mais vainqueur.  Je m’imagine Van Gogh peignant et s’arrachant les tripes, Egon Schiele aussi torturé que les lignes qu’il trace.  Parce que l’art ne peut être que paroxystique.

 

Dans cette souffrance évidente, Julien découvre un certain plaisir, une excitation indéniable.  Et le voilà poussé plus loin, sans retenue.  Jusqu’à ce qu’il atteigne enfin ce plaisir extrême qui confine à la douleur.  Et le cycle est bouclé, comme les pulsions de vie et de mort s’attirent et se repoussent, produisant le perpétuel tourbillon des déchirements humains.

 

Sans l’ombre d’une peur, Julien se laisse submerger par les forces qui l’habitent et le dépassent.  Ces forces qui s’emparent de son corps et le tordent à leur guise.  Sans chercher à maîtriser, il devient le vecteur, le passeur de la beauté effrayante et splendide de l’art.

 

Par Lucrezia
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Caravage musical

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Remerciements

Ce blog n’existerait pas sans la généreuse proposition, l’infinie patience et la magistrale réalisation (en bref, c’est elle qui a tout fait !) de Cath, THE Photoshop genius du forum Crazy Julien. Je lui suis infiniment reconnaissante pour tout le travail accompli et tiens absolument, par ces quelques mots, à lui exprimer mon immense gratitude.

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