Jeudi 24 avril 2008



L’éclat !  Encore un mot qu’on emploie habituellement pour parler des femmes.  Pourtant, c’est le premier qui m’est venu à l’esprit en regardant cette photo.  Et il ne s’agit pas uniquement du coup de lumière dans les cheveux, du sourire rayonnant, des yeux brillants, de la peau luminescente.  Non, il y a quelque chose qui sourd de l’intérieur, qui émane et qui nimbe.  Impossible de mettre un mot dessus, parce que ce mot n’existe pas.  Pourquoi certains êtres ont-ils plus d’intensité que d’autres ?

 

C’est rare de le voir ainsi, détendu, épanoui, comblé.  Ces moments en sont d’autant plus précieux.  Sur ce beau visage d’homme radieux, il y a un retour d’enfance.  Affluent aussi l’insouciance, la gaieté pure, les espoirs que rien n’obscurcit ou n’entame.  Pour un fragile instant, finis les conflits intérieurs, les doutes torturants, les questionnements douloureux.

 

Je pense alors à un autre mot : gaudia, la joie en latin.  C’est de là que vient le verbe italien godere (jouir) et pour une fois, je ne vais pas verser dans les interprétations libidineuses (incredible, but true !).  Oui, sur cette photo, il a l’air de jouir de la vie, de tout ce qu’elle lui offre, de tout le bonheur qui l’inonde à cet instant.  Il est beau d’être heureux, reconnu, acclamé.

 

Plus que le faisceau des lampes, il irradie et face à lui, je suis éclaboussée de sa lumière.  Il y a de la chaleur et du miracle.  Il y a du silence et de la magie.  L’éclat.  Quelque chose brûle en moi.  Je n’ai même pas envie de comprendre l’essence de l’éblouissement.

 

Par Lucrezia
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Mardi 22 avril 2008

Texte écrit suite à l'interview sur Canal +
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Un long silence avant qu’un nom ne sorte de sa bouche.  J’attends, suspendue à ses lèvres (il m’arrive souvent de souhaiter que les expressions métaphoriques le soient un peu moins !).  Je sais d’avance que le nom prononcé va me désarçonner, m’intriguer, me questionner.  Mais vu la formulation de la question, on sait qu’il est ici question d’émotion, de trouble, de secousse plus que d’implication cérébrale.  Pendant qu’il réfléchit, je cherche aussi.  Je me doute qu’il va s’agir d’un artiste plutôt contemporain, pratiquant probablement l’art abstrait.  Dans ma tête défilent des toiles plutôt complexes, énigmatiques, évocatrices.  Et puis, il lâche Mondrian.  Mondrian ?


 

J’ai du mal à comprendre que l’on puisse être touché par quelque chose d’aussi mathématique et cartésien, rectiligne, rigide, jouant des couleurs primaires où la nuance n’a aucune existence.  Des cases, des compartiments, des enfermements.  Tout ce que Julien semble détester.  Ces limites si épaisses et précises exacerbent-elles son plaisir de la transgression ?

 

Il n’en dira pas davantage, sauf qu’il a vu cette toile à New York.  Ce lieu précis pourrait constituer un embryon d’explication.  Débarquant sans doute dans la ville pour la première fois et venant de subir le choc de sa découverte, il visite le Metropolitan Museum et le tableau qu’il découvre est le répondant exact, la représentation microcosmique de la structure urbaine.  L’œuvre vient alors se superposer à la confusion première pour la redoubler.  Tout New York est dans la toile, son agitation, sa modernité, sa géométrie.

 

Cette pensée (invérifiable) me vient en tête pour avoir vécu une expérience similaire.  J’ai un jour visité une exposition de Luis Salazar, peintre liégeois comme son nom ne l’indique pas (il est d’origine basque).  Lui aussi privilégie les couleurs primaires et crée un monde hermétique qui se suffit à lui-même.

 

Lorsque la visite a été terminée et que je me suis retrouvée en plein centre ville, je n’ai pas eu cette impression d’énorme contraste que je ressens habituellement au sortir d’une exposition.  La transition brutale entre le calme, l’apaisement, un recueillement et l’agression du bruit, de l’agitation, de la sollicitation exacerbée.  Non, cette fois-là, j’ai eu la sensation de quitter un centre urbain pour en retrouver un autre.  Cette peinture était sonore, bruyante, explosive et délivrait la vitalité d’une ville en effervescence.  Alors, je peux comprendre qu’une toile de Mondrian, aussi cérébrale soit-elle, puisse aussi parler aux sens et semer physiquement le trouble.

 

Aurait-il pu citer un autre artiste ?  Pourquoi pas Picabia ou Duchamp ?  Sans l’appui d’aucune certitude, ni d’aucune démonstration plausible, j’ai l’impression que son mode de réflexion à cet instant ne pouvait l’amener qu’à Mondrian.  Il dit « je me ballade » pendant qu’il est « en introspection » et j’ai l’impression de le voir progresser à travers le dédale tout en circonvolutions de sa masse cérébrale.  Et à cet instant précis, peut-être son processus de recherche lui fait-il penser à ça ?

 

Il pousse une porte, puis non, pas par là.  Il revient sur ses pas, il y a des recoins obscurs et d’autres mieux éclairés.  Et tout cet enchevêtrement, c’est sans nul doute le « Labyrinthe » de Mondrian.

 

Rien ne dit aussi que l’œuvre évoquée était une des compositions abstraites de l’artiste.  Il pouvait s’agir de quelque chose de figuratif dans ce style-là : 

 

Mais je ne sais rien.  Julien n’a rien livré de plus.  Me voici confrontée une fois encore à un univers qui m’est totalement inconnu, où je dois marcher à petits pas pour tenter de saisir une vibration, un souffle.  Comme le chemin est long !

 

Entre mes émotions artistiques

 

et les siennes

 

il y a un très long voyage à entreprendre !

 

 

Par Lucrezia
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Jeudi 17 avril 2008

 

Je suis dans la file.  Je regarde les gens autour de moi.  Qui peut bien avoir envie de découvrir le premier long métrage d’un réalisateur inconnu, dont l’interprète principal s’appelle Julien Doré ?  Probablement des personnes qui sont curieuses de découvrir Julien à l’écran.  Comme moi, en fait.  Sinon, je n’aurais pas dépensé le prix d’un ticket de cinéma pour un film dont j’ignore même le sujet.  C’est vrai, il y a une majorité de femmes, de tous âges.  Quelques mecs aussi, sans doute là pour accompagner, pour faire plaisir.  Je n’ai pas lu une seule critique, un seul résumé sur cette nouvelle sortie.  Je veux arriver vierge et exempte de toute attente ciblée.  Je suis venue seule, je suis certaine de ne pas pouvoir cacher mon trouble à la personne qui m’accompagnerait et puis, je sais déjà que je n’aurai pas envie de parler en sortant.  Qu’il y aura une impression que je ne voudrais pas détruire.


 

Ca commence.  Silence, juste le vent qui souffle et un vieil hôtel perdu au milieu de nulle part.  Aucun indice de temps, ni de lieu.  On est peut-être aux Etats-Unis, mais ça pourrait aussi être l’Espagne ou la France.  Le soleil cogne.  Ca me fait penser à « Bagdad Café ».  Je sais déjà que la caméra va se rapprocher et pénétrer dans l’établissement.  Je vais faire connaissance avec les protagonistes.  Il y a le tenancier, un gars entre deux âges, un peu bouffi, l’air morose et sa vieille maman qui le seconde comme elle peut.  On voit tout de suite que l’hôtel n’est pas bien tenu, il y a des verres et des objets qui traînent, le hall est sinistre, il faudrait remplacer certaines ampoules.  A quoi bon ?  Il ne passe que quelques voyageurs occasionnels qui dorment une nuit, puis s’en vont.  Et puis, il y a lui que l’on a oublié, assis dans la pénombre dans un vieux fauteuil.  Il porte un jeans sale et un t-shirt gris informe et flottant.  Il ne regarde rien, il écoute passer le temps.  Et je suis émue de le voir là, délaissé, triste, avec ce vague à l’âme qui remplit tout l’écran.

 

Dans un coin, il y a une guitare debout.  Il se lève, se dirige vers elle … et passe à côté.  Merci, je vois que le topos nous sera épargné.  On ne va pas nous infliger une resucée des films d’Elvis où le seul moment digne d’intérêt était précisément celui où il s’emparait de sa guitare.

 

Plan suivant.  Le personnage est dans sa chambre.  Il y a du désordre, l’évier est sale.  Il est étendu sur son lit, il regarde le plafond.  A intervalles réguliers, il se lève précipitamment pour regarder par la fenêtre.  Il scrute, il croit voir une ombre, nous aussi, on ne sait pas, elle a disparu.  Il se recouche, las.  Très vite, je comprends que cet homme a un comportement bizarre, il fait des choses étranges, on dirait qu’il a des visions.  On dirait aussi qu’il attend quelqu’un.

 

J’ai toujours été très bon public.  Quand un film me plaît, j’entre immédiatement en empathie avec les personnages, je ris et je souffre avec eux.  Et pour le moment, j’ai mal.  Il n’a pas encore dit un mot et pourtant, c’est fort.  Son jeu est sobre, ramassé, puissant.  Son visage en gros plan sur l’écran me bouleverse.  Une larme a brillé dans mes yeux.  Personne ne l’a vue.

 

On suit les allées et venues désoeuvrées du personnage, de sa chambre au bar, du bar à la porte d’entrée, de la porte à sa chambre.  Les jours passent, tous pareils.  Parfois, un client vient rompre la monotonie.  On échange quelques propos banals.  Il a plu hier.  Il y a eu un accident sur la route.  Puis, le silence retombe et le personnage poursuit son rituel de la fenêtre.  La nuit, il met même son réveil pour être sûr de ne pas dormir plusieurs heures d’affilée et manquer … manquer quelque chose qu’on ignore.

 

Je me dis qu’il doit s’agir d’une femme.  Elle va bien arriver.  Il doit bien y avoir une nana dans ce film.  De toute façon, quelque chose va se passer, c’est certain, la tension est palpable.  Je trouve que mes voisins s’agitent un peu trop, je les entends chuchoter, je voudrais le calme absolu.  Si ça ne leur plaît pas, qu’ils sortent.  Le temps que je leur adresse un regard contrarié (qu’ils ne voient pas), elle est entrée dans le hall de l’hôtel.  Elle semble fatiguée, inquiète, elle est encore jeune.  Il la regarde avec insistance, elle lui dit « bonjour, je m’appelle Jeanne ».  Il lui répond qu’elle a beaucoup changé.  Elle lui dit qu’ils ne se connaissent pas.  Il ne répond rien.

 

Je sais que la suite du film va s’attarder sur l’ébauche de leur relation et que peut-être, je vais apprendre la raison de leur présence dans cet hôtel.  Que fuit-elle ?  Et lui, qui attend-t’il ?  Pourquoi est-il perpétuellement aux aguets, anxieux ?  Le réalisateur a choisi de nous laisser dans l’incertitude.  Ils se parlent, mais n’évoquent pas leur passé.  Elle le regarde comme je voudrais le regarder.

 

Ils finissent par se retrouver dans sa chambre à lui.  C’est maintenant qu’il faut que je me cale dans mon fauteuil.  J’espère que je vais supporter.  Mon cœur bat à tout rompre.  Elle le déshabille.  Plus que jamais, je m’identifie, je sens presque la moiteur qui imbibe toute la chambre.  Leurs gestes sont lents, elle lui murmure des choses qu’on ne comprend pas.  Sa peau à lui est la seule tâche claire de la chambre.  Brutalement, il la repousse, il se lève, va voir à la fenêtre.  Elle ne comprend pas.  Il y a une ombre qui s’évanouit.  Il revient se coucher, mais elle est décontenancée.  Il ne l’embrasse pas, il regarde le plafond.  Elle caresse sa poitrine, il ne bouge pas.

 

Au plan suivant, on comprend qu’il ne s’est rien passé entre eux, qu’il n’a pas pu, qu’il est obsédé par la fenêtre.  Elle se rhabille, elle est insatisfaite.  Décidément, Julien, tu tromperas toujours toutes mes attentes.  Incarner un impuissant pour ton premier rôle, c’est gonflé, ça me laisse pantoise.  Autour de moi, je perçois des soupirs déçus, ce n’est pas ce qu’ils sont venus voir.  Peut-être venaient-ils se repaître de ta peau plutôt que de ton talent ?  Tant pis, ils seront passés à côté.

 

La fille finit par quitter l’hôtel, on ne saura rien d’elle.  Son état à lui se dégrade.  Il ne se lave plus, ne mange rien, passe sa vie à la fenêtre, il voit des ombres, elles se rapprochent.  Elles entrent dans sa chambre, elles viennent le chercher.  Où l’emmène-t’on ?  On lui fait une piqûre de calmant inutile, il se laisse faire.  Ils ont l’air d’infirmiers, ils disent qu’on va bien le soigner.  On lit dans son regard qu’il n’y a plus rien à faire.

 

Les lumières se sont rallumées, je me suis levée comme une automate, je suis sortie.  La nuit est tombée et les rues me semblent désertes.  Il y a ce même silence que dans la première scène du film.  Je marche sur du brouillard, je n’entends pas mes pas.  Je suis soulagée d’être seule.  Il va me falloir plusieurs heures avant de revenir à la réalité, avant de pouvoir faire taire en moi cette douleur lancinante, avant d’être persuadée qu’il s’agit d’une fiction.  Un premier rôle déroutant, courageux, magistral !  Il m’a fait basculer dans ce monde parallèle.  Il me faudra du temps pour retrouver la porte.


 

Par Lucrezia
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Mercredi 16 avril 2008



Au terme d’un examen scrupuleux et rapproché de la matière du petit « gilet de berger » que Julien exhibait à l’émission Taratata, je peux vous certifier que cet « ouvrage de dame » (ben oui, c’est comme ça que ça s’appelle et je m’insurge immédiatement contre l’aspect dépréciatif, même si ce n’est pas le sujet du jour), bref, le gilet en question a été exécuté au crochet, puis rebrodé entièrement à la main.  Alors si Julien apprécie ce genre de réalisation, je peux vous annoncer que je n’attendrai pas d’être « bien vieille au soir, à la chandelle, assise auprès du feu, dévidant et filant », pour lui en fabriquer un autre.  Il suffit qu’il me dise ce qu’il désire et je serai totalement disponible, aussi bien pour la confection que pour les divers essayages.  Ah ça, pour être certaine d’un bon résultat, de très nombreux essayages s’imposent.  Il faut être sûre que toutes les pièces s’ajustent bien au modèle avant de les assembler, personne ne me contredira sur le sujet.  Non, je ne suis pas une experte en travaux d’aiguille, je vous avouerai même que je détestais le cours « d’éducation familiale » (rien que l’intitulé, je cale !) que l’on me dispensait à l’école.  Mais si j’étais toujours la dernière à terminer mon travail et que, dès lors, je ne confectionnais qu’une seule chose pendant que les autres en faisaient deux, m’attirant inévitablement les sarcasmes du professeur, je tenais ma revanche lorsque ma réalisation était choisie pour l’exposition des « travaux des élèves ».  Je ne suis pas une experte, mais je prends le temps de bien faire et Julien ne sera donc pas déçu.

 

Et puisqu’il semble apprécier les « bergeries », une fois qu’il aura revêtu la petite merveille que je lui aurais amoureusement crochetée, je suis partante pour un remake de l’Astrée.  Je nous imagine bien assis sur deux grosses pierres plates, contemplant l’aube naissante, alors que notre troupeau paît paisiblement dans les beaux vallons de la Lozère.  On entend le doux tintement des clochettes de nos brebis et quelques agneaux aux yeux attendrissants bêlent de leur voix aigrelette.  Des papillons (verts, cela va de soi) volettent autour de nous, visitant chaque fleur épanouie.  Quand le soleil est haut dans le ciel et qu’un petit vin frais m’a fait un peu tourner la tête, je décide de taquiner mon Céladon.  Je m’enfuis dans les hautes herbes en criant : « Tu ne m’attraperas pas ! ».  Je sais pertinemment que ce n’est pas le cas et de toute manière, je n’attends qu’une chose : qu’il me rattrape, qu’il me bascule et que nous roulions enlacés dans les graminées jusqu’à s’en emmêler les cheveux.  Je ne suis pas sujette au rhume des foins, le jeu peut durer à l’infini.  Dans cette Arcadie rêvée, toute de vert tendre et de houlettes à nœuds roses, on n’a d’autre préoccupation que d’aimer.

 

Ben oui, je sais, le tableau est « neuneu », il respire les vieilles toiles de Jouy dont on tendait les murs des chambres et qui ornaient les paravents.  Tout cela sent l’antimite, les bouquets séchés et l’odeur des livres anciens aux reliures déchirées, mais qui m’a entraînée par là après tout ?  Qui est venu avec son sourire éclatant et son gilet « flower power » me donner des envies d’évasion campagnarde, de retour à la nature, de « déjeuner sur l’herbe » ?  Je risque bien de finir très vite nue comme la dame du tableau et de croquer les pommes du panier avant de m’enrouler avec Julien dans la couverture bleue.  Ah qui dira le pouvoir de l’imaginaire ?  Qui expliquera comment un simple ouvrage en crochet peut amener à tricoter les rêves ?

 

Par Lucrezia
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Jeudi 10 avril 2008



Chouette, une nouvelle énigme !  Encore un mystère à décrypter, même si l’exercice est tout sauf objectif.  Cela ne va pas m’empêcher de procéder avec ordre et méthode pour tenter d’y voir un tantinet plus clair.  Julien annonce fièrement le titre de son album : « Ersatz » et j’ai tout de suite envie de demander : « Oui, mais de quoi ? ».  Car un ersatz est forcément toujours le substitut de quelque chose.  J’ai bien vu que la pochette du single affichait un très bel ersatz de nature, mais il ne s’agit encore que d’un fragment de l’album et là, je rejoins tout de suite la définition philosophique du mot, à savoir : « un élément représentatif d'un tout non significatif de ce tout ».  Bon, je tourne déjà en rond, pas vraiment étonnant avec Julien !

 

Le sens du mot « ersatz » est assez dépréciatif en français, puisqu’il désigne souvent un produit de moindre qualité que l’original auquel il tente de se substituer.  Alors, à quoi Julien peut-il bien faire référence ?  Son album sera-t’il un ersatz de la musique que nous entendons habituellement ?  Dans ce cas, il y a là une savoureuse ironie.  Ce serait une façon de dire : oh oh, je suis bien moins bon que les Christophe Maé et autres Raphaël qui récoltent les trophées à la pelle.  L’hypothèse m’amuse, mais je doute qu’elle soit la bonne.

 

Allemande (du forum "Crazy Julien") nous a gentiment indiqué que le mot en allemand ne possédait pas ce sens péjoratif et qu’un ersatz proposait souvent une qualité égale à l’original.  Et là, je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement évident avec l’art.  Qu’est-ce que l’art après tout, sinon un ersatz du réel ?  La peinture, la sculpture, la photographie sont, au départ, des imitations.  Ensuite, c’est le génie de l’artiste qui transfigure les données initiales, qui ouvre de nouvelles perspectives, qui s’approprie le matériau et le restitue marqué de son empreinte.  Le cinéma est le parfait exemple d’ersatz de la réalité et l’acteur, d’ersatz du personnage.  Et dans tous ces cas, on ne peut absolument pas dire que l’imitation soit inférieure au modèle.  C’est même souvent le contraire, puisque l’artiste donne du sens là où il n’y avait que matière.  Alors quand Julien explique qu’il avait ce titre en tête depuis 7 ans (un bail quand même), je me dis qu’il qualifiait peut-être au départ une toute autre démarche artistique.  Je ne perds pas de vue sa formation aux Beaux-Arts qu’il continue par ailleurs à revendiquer.  Julien songeait-il à ce moment-là à présenter un ensemble de tableaux ou de sculptures rassemblés sous un nom générique ?

 

Et puis avec l’arrivée de la musique dans sa vie, il est possible qu’il ait reporté ce titre vers ce nouveau domaine.  De quoi la musique peut-elle bien être l’ersatz ?  Des bruits qui nous entourent, ceux de la nature, ceux produits par l’homme ?  De nos rythmes internes ?  De nos intimes mélodies ?  Que viendrait-elle remplacer ?  Car souvent l’ersatz est créé à partir du manque.  Faute de chocolat, on mange de la caroube.  Sans café, on boit de la chicorée.  Que nous manque-t’il, pour que la musique apparaisse ?  La réponse risque d’être très personnelle pour chacun.

 

Dans ce concept d’ersatz, il y a aussi la notion de leurre, puisque le produit tend à berner, à faire croire à autre chose que ce qu’il est réellement.  Et là, je me dis qu’un album qui affiche fièrement le titre « ersatz » essaie peut-être de nous lancer (une fois de plus !!) sur des fausses pistes.  Le contenu correspondra-t’il au contenant ?  La pochette avec ce titre déroutant ne cherchera-t’elle pas à nous induire en erreur, à nous mener dans un sens, alors que les chansons prendront une tout autre direction ?  Ce décalage ne m’étonnerait pas outre mesure.  Ce serait une façon de dire : ne vous fiez pas aux apparences, j’annonce quelque chose, mais je vous livre autre chose.  Julien l’a souvent répété : « Ne croyez pas tout ce que je dis ».  Il vient encore de nous prouver que les apparences sont trompeuses avec le portrait caché de Christophe dans la jungle immobile d’un musée d’histoire naturelle.

 

Ceci me renvoie à nouveau vers l’acception philosophique du mot : l’ersatz livre une fausse information, une connaissance limitée sans relation avec la vérité.  C’est une partie non représentative d’un tout et dès lors, cet album ne serait qu’une minuscule facette de tout ce que Julien a à nous offrir, un fragment épars, une parcelle du bonheur qui nous attend.  Pour obtenir une représentation un peu plus exacte du tout, il nous faudra peut-être suivre Julien sur toutes les voies qu’il empruntera : l’art, le cinéma, l’écriture, … et ce n’est qu’au terme du parcours que la connaissance réelle pourra être appréhendée.  Voilà une hypothèse qui me plaît, même si rien ne me permet de la confirmer.

 

Dernière petite réflexion que ce titre m’inspire.  La façon dont Julien emploie son corps (les tatouages, le corps-frigo, l’offrande sans cesse retirée, les photos de mode, les poses, …) ne trahit-il pas le désir d’en faire un ersatz de l’œuvre d’art ?  Julien lui-même serait-il un ersatz ?  Et j’en reviens à ma première question : « Oui, mais de quoi ? ».  J’aime bien accomplir des cycles avec Julien.  J’en ai déjà parlé, chez lui, tout est spirale et révolution parfaite.  Je pars d’un point, je m’égare, je crois que je progresse et je me retrouve au point de départ.  Ai-je compris quelque chose ?  Peut-être, peut-être pas.  Dans le fond, y a-t’il quelque chose à comprendre ?  Qui sait ?  J’attends d’écouter l’album pour tenter de trouver quelques réponses, mais peut-être ne fera-t’il que susciter davantage de questions ?

 

L’être humain a la fâcheuse manie de vouloir tout expliquer, de trouver une interprétation rationnelle à l'insondable.  Je veux m’écarter des routes balisées, je veux voguer sur le mystère, je veux être ouverte et libre, vierge et intacte pour recevoir l’énigmatique présent.

 

Par Lucrezia
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Mardi 8 avril 2008

Dans l’article des « Inrockuptibles », il y a une citation de Julien qui m’a véritablement enchantée, car elle atteste à mes yeux d’une grande réflexion et de beaucoup de profondeur, bref tout ce que j’attends de lui.  Je reprends ses mots : « J'ai beaucoup écouté l'album acoustique d'Archive.  J'aime l'aspect cinématographique qui en ressort, ces chansons faites de boucles, de cycles, de spirales, même.  J'ai eu envie de reproduire ça sur mon disque. »

 

Cette conception du cycle ne se retrouve pas seulement au cinéma, elle a aussi été exploitée en littérature dans les grands cycles troyen ou arthurien.  Mais surtout, cette notion est à la base même de la vie.  Au niveau le plus visible, on peut déjà évoquer le cycle des saisons, immuable, mathématique, attendu ou redouté.  Cette inlassable ronde naturelle n’est pas sans influence sur nos humeurs, sur notre physique.  Je pense qu’il existe un film coréen (que je n’ai pas vu) qui traite particulièrement de ce sujet et dont le titre parle de lui-même : « Printemps, été, automne, hiver... et printemps ».  Le cercle éternel dont on ne sort pas.  Les couleurs changeantes de la vie.

 

Calqué sur cette alternance des saisons, il y a le cycle séculaire des vies et des morts, du « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » d’Anaxagore.  Cette boucle qui m’emporte comme une éternelle noria, cette ronde que je voudrais ralentir, mais que le flux de la vie fait tourner sans répit.

 

Dans la nuit étoilée, je contemple le cycle de la lune (nouvelle lune – premier quartier - pleine lune – dernier quartier) et loin là-bas montent et descendent les marées et à mes pieds monte et descend la sève.  En parfaite harmonie.  Tout comme le cycle féminin : 28 jours de nouvelle lune en nouvelle lune, 28 jours pour retrouver le pouvoir d’enfanter.


 

Invisible autour de moi, le cycle de l’eau nourrit la terre, abreuve les rivières, grossit les océans, engendre les nuages « là-bas, là-bas, les merveilleux nuages » (*).


 

En moi se meut le cycle des humeurs : un jour gaie, un jour triste, parfois enthousiaste, parfois découragée, et ma vie elle aussi est faite d’une succession d’évènements bons ou mauvais, de périodes de soleil et de phases de tempête.

 

Je m’émerveille, car je sens que Julien va nous parler des fondements de la vie, des intimes pulsations de notre être, des mystères qui régissent la nature et les existences.  Il va nous décliner l’art sur le mode « spirale ».

Et de l’infiniment petite spirale d’ADN 























à l’infiniment grande galaxie spiralée 
 













l’essence vitale va se couler dans ses chansons.














Je m’attends à une émotion intense.  La musique et la voix vont entrer en fantasmatique résonance avec tous les cycles qui nous gouvernent de l’extérieur, ceux de l’univers insondable, ceux de la transmission de la vie, mais aussi avec toutes les révolutions qui s’accomplissent silencieusement au plus profond de notre être.  Sentiments en torsades, sensations en hélices, émois en boucles, félicité en cercle parfait.  Emportée, retournée, enroulée, enveloppée par cette vague fondamentale, je suis prête à entrer dans l’anneau prodigieux.

 

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(*) L’étranger – Ch. Baudelaire

Par Lucrezia
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Lundi 7 avril 2008

A PROPOS DU TEXTE DE LA CHANSON "LES LIMITES"



Mais, ma parole, c’est une invitation ce texte ?  Si Julien dépasse aussi allégrement les limites, pourquoi m’en priverai-je après tout ?  Sauf que je n’ai pas son caractère, ni sa liberté d’esprit, - sans parler de mon éducation très restrictive -, alors ça va coincer à un moment donné.  Jusqu’où vais-je pouvoir aller, moi qui suis une brave dame pleine de raison ? (enfin, plus tant que ça depuis un an !).  Ma limite personnelle s’impose toujours quand l’irrespect commence et celle-là, je ne la franchirai pas.  Mais avant de l’atteindre, il y a de la marge !  Sur ce territoire un peu marécageux, j’ai déjà pas mal baguenaudé en compagnie de mes chères raclures (du forum "Crazy Julien").  Julien me permettra-t’il de « dépasser largement, aisément » ou vais-je devoir payer moi aussi ?  Quel sera le prix de ce libertinage ?  Mon bagne sera-t’il d’être bannie du net ?  Ouf, ce serait cher payé, bien pire que le morcellement de cailloux sous les averses tropicales.  Tout plutôt que le confinement et l’exil virtuel.

 

J’ose espérer que Julien comprendra que, pour écrire, il importe avant tout de bien « ressentir les choses » et à ce propos, j’aimerais bien aussi consommer de temps en temps.  Si le liquide m’est permis (siroter une bonne Blanche de Hoegarden devant l’écran – ça, c’est la version soft, of course), pour la consommation du solide bien en chair et bien en rebond, c’est définitivement tintin.  Faire carême toute l’année nuit gravement à la créativité, cela méritait d’être dit !

 

Bon, trêve de bavardages, je suis ici pour commenter les paroles de la chanson, non ?  Ce qui m’éclate le plus, c’est la façon « contournée » d’énoncer des choses crues, les « bonnes » excuses à 10 balles (consommer énormément pour ressentir, bien sûr, bien sûr), le ton enjoué pour évoquer le retour de bâton.  Et surtout, il y a cette ironie affichée avec désinvolture : « Quand je commence, je finis le travail proprement ».  Waouh, quel pro !  On dirait un cambrioleur aux prises avec le plus sophistiqué des coffres-forts.  Sauf qu’ici, l’objet du « travail » ne doit pas rechigner tant que ça à se laisser forcer !

 

Et puis, sa prononciation !  Impossible de ne pas remarquer la manière distanciée et jubilatoire dont Julien prononce cet « aisément » qui promet de devenir aussi mythique que le « énormément » qui nous a déjà causé pas mal d’émois.  Quant au « liquide », je crois n’avoir jamais rencontré de mot contenant au finish autant de consonnes liquides (précisément) alors qu’il n’en comporte qu’une en théorie.  Je m’y noierais volontiers, je l’avoue, dans toute cette fluidité qui glisse (comme un gant ??) et caresse la peau.

 

Après les limites du bon goût, de la censure, de la morale bourgeoise, des bons usages, des pratiques codifiées, des productions formatées, quelles nouvelles limites Julien va-t’il encore dépasser ?  Je me plais à rêver aux pires irrévérences, à des provocations réjouissantes, à des audaces conceptuelles.  Je suis aux anges quand il bafoue ce que j’attends pour m’en donner bien davantage.  En mots, en actes, en gestes et en paroles, pour lui je ne souhaite aucune limite.  Moi, ça ne m’irrite pas s’il fait des tonnes de déshabillage et puisqu’il n’a pas de problème éthique, on peut encore espérer le meilleur.  Il a déjà bien entamé le débat … euh enfin, le travail et j’espère qu’il aura à cœur de le finir « proprement », ainsi qu’il l’a promis.

 

Par Lucrezia
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Mardi 1 avril 2008

 



Je m’attendais à tout, à rien, je m’efforçais de ne pas avoir d’idées préconçues.  Pas toujours évident de garder l’esprit vierge en lisant toutes les attentes du forum, les désirs, les rêves.  Il y avait des espoirs d’intensité, d’émotion, de profondeur.  Alors, vous dire que je n’ai pas été déconcertée à la première écoute des « Limites » serait dire un gros, gros mensonge.  J’ai dû faire une tête qui m’a rappelé immédiatement un conte d’Andersen (« Le briquet ») où le héros rencontre trois chiens, dont le premier a des yeux grands comme des soucoupes, le second des yeux grands comme des roues de moulin et le dernier des yeux grands comme la Tour Ronde de Copenhague.  Je suis passée par les 3 stades, je crois !  Mais très vite, l’ahurissement a fait place à un sourire complètement béat qui s’est agrandi de la même manière que mes yeux l’instant auparavant. 

A rebrousse-poil de toutes les attentes, Julien a choisi de nous livrer une petite merveille d’autodérision.  Il a dit en substance qu’il n’était déjà plus là où on l’attendait et cette fois, j’avoue qu’il m’a devancée de pas mal de kilomètres.  Au sourire béat a succédé l’admiration, car il fallait s’appeler Julien Doré pour oser une composition aussi imprévisible et bourrée d’humour.  Certaines d’entre nous ont exprimé quelques craintes : comment cet OMNF (objet musical non formaté) va-t’il être accueilli par le public ?  Je ne me fais pas trop de bile, je fais confiance à un public un tantinet averti pour s’esclaffer sur le second degré et apprécier l’originalité de la démarche.  Quant à celui que l’on nomme le « grand public », il va probablement en rester au premier degré et à l’aspect festif et léger, mais je n’ai aucune crainte quant à l’impact de la mélodie qui donne immédiatement envie de la chanter. 

Alors pari réussi ou non ?  Les prochains jours nous le diront.  Mais d’ores et déjà, Julien m’a touchée en pleine cible.  J’osais croire, un peu orgueilleusement, qu’à force de le décortiquer, de le scruter, de l’analyser depuis un an, j’en avais acquis une connaissance plus ou moins exacte.  Il avait peu à peu pour moi des côtés prévisibles.  Et puis, zim boum !  Il m’a bien rappelée à l’ordre.  J’avais oublié à quel point Julien cultive l’art de toujours nous surprendre.  Qu’a-t’il fait tout au long du parcours NS, puis de l’été, puis à chacune de ses apparitions TV ?  Tirer la langue aux prévisions en même temps qu’il la donnait aux chattes.  Je m’émerveille qu’après autant de temps il parvienne encore à me tournebouler complètement.  J’aime son caractère insaisissable, vif argent, impertinent.  J’aime qu’il soit ce ludion irrévérencieux qui monte et qui descend et fait des pirouettes partout où on ne l’attend pas. 

Je suis définitivement montée à bord de ce grand huit émotionnel, j’aime l’attente un peu angoissée avant les grands départs, les ascensions graduelles jusqu’au nirvana de l’émoi, les instants suspendus avant les descentes étourdissantes où l’on crie, les cheveux au vent, les mains crispées sur les barres, les circonvolutions qui me mettent la tête à l’envers et le vertige final quand la voiture ralentit doucement.  Vivement que ça reparte pour un tour !  Et cette fois, je m’attends même à ce que la voiture quitte les rails pour poursuivre sa course dans les étoiles.  Pour Julien, les limites n’existent que pour être renversées, bousculées, piétinées dans un joyeux débordement iconoclaste.  Et maintenant plus que jamais, elles sont déjà bien loin derrière, « aisément, largement ».

 

Par Lucrezia
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Lundi 31 mars 2008

Dès que j’ai découvert les photos de mode pour l’Express, j’ai eu un étrange sentiment.  J’ai d’emblée été frappée par la sensation que ces photos n’étaient pas simplement constituées d’un alignement aplati de pixels sur un écran, mais qu’elles avaient une épaisseur.  J’ai ressenti exactement la même émotion que lorsque j’écoute Julien chanter et qu’il me semble que sa voix est palpable, qu’elle s’inscrit matériellement dans l’espace.  Je cherchais à préciser mon impression, à mettre des mots sur mon ressenti, mais sans y parvenir.  C’est alors que, je dirais « par hasard » si j’y croyais encore, je suis tombée sur quelques lignes éclairantes dans le livre que je suis en train de lire.  L’auteur, Philippe Beaussant, évoque un passage d’Anna Karénine de Tolstoï.  Un des personnages est en train de contempler une peinture d’Anna alors qu’il ne l’a encore jamais rencontrée et cette représentation fait sur lui grande impression.  Il semble bouleversé par le fait qu’il voit autre chose qu’une simple peinture.  Et là, l’auteur commente, je cite : « Je ne sais ce que Tolstoï savait de la peinture, mais dans ce passage extraordinaire de ce roman extraordinaire, il nous livre l’un des plus grands et profonds secrets de l’art de peindre : voir ce qui est entre. » (*)


 

Et j’ai senti que c’était exactement ça.  La photographe (eh oui, une femme) a réussi sur ces clichés à appréhender ce qu’il y avait entre.  Entre son objectif et la peau de Julien, entre le jeu sophistiqué des miroirs et des lentilles et la vérité nue d’un regard.  Et cet entre, elle nous le restitue de façon impressionnante.  J’ai écrit hier en boutade qu’en mesurant la lumière à même le visage de Julien, je me demandais comment la cellule n’explosait pas.  Mais ma remarque n’était pas si insensée.  Julien dégage quelque chose de tellement puissant que cela finit par s’imprimer sur les clichés.  A la lumière verte qui baigne la pièce, sa peau renvoie une onde lumineuse qui la dilue et l’éclaircit.  Et cet espace entre est meublé par ce jeu des échanges.  Il y a une épaisseur, une matérialité, une évidence. 

Mais il y a bien plus que la lumière, il y a une émanation essentielle, comme l’on parlerait d’une huile essentielle qui, au terme des distillations, ne contient plus que les principes vitaux de la plante, sa force vive, son absolue quintessence.  Ce qui rayonne autour de Julien, ce qui remplit l’espace de son poids et de son épaisseur, c’est l’irradiation de l’être tout entier dans sa profondeur et son exceptionnalité. 

Ces clichés sont donc exceptionnels à plus d’un titre.  Non seulement, ils restituent toute la grâce du modèle et aussi ce mélange troublant de force et de fragilité, d’hésitation et d’assurance.  Mais il y a encore davantage.  Ce regard attentif, troublant, troublé lance des passerelles vers l’objectif, vers l’autre regard attentif et troublé caché derrière le viseur.  Et sur chaque pixel à l’infini s’imprime toute la puissance et la beauté de ce qu’il y a entre et qui nous fait toucher du doigt l’invisible.

 

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(*) Philippe Beaussant, Le rendez-vous de Venise, Fayard, Paris, 2003 – p. 50.

 

Par Lucrezia
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Lundi 31 mars 2008

Je le sais, elles pensent que j’ai été Arthur Rimbaud dans une vie antérieure, mais je vais être obligé de les décevoir.  Lorsque je naquis une 6ème fois, je ne fus pas prénommé Arthur, mais Isidore … Isidore Lucien Ducasse.  Un nom vraiment impensable pour être un jour pris au sérieux !  Il m’en fallait un autre pour devenir l’artiste, le poète, l’écrivain iconoclaste et novateur que je sentais bouillonner en moi.  Je devins le Comte de Lautréamont, cela avait de la gueule, c’est certain !!  Je choisis aussi le mystère, le retrait, je voulais fasciner, intriguer et livrer au monde une œuvre unique dans sa violence et son génie.


 
« Les chants de Maldoror » sont le cri de ma révolte, la victoire de l'imaginaire sur le réel, mon accomplissement le plus abouti.  J’ai pu y laisser libre cours à mon ironie sarcastique et user de tous les procédés de distanciation que j’affectionne.  J’ai beaucoup appris sur moi-même et sur mes aspirations profondes au cours de cette trop brève vie.  Je suis mort dans la solitude, à mon domicile, un soir de novembre 1870.  J’avais 24 ans.  Sur mon acte de décès, l’employé des pompes funèbres a écrit : « Sans autres renseignements ».  Il me plaît d’être parti en laissant tant de mystère derrière moi.

 

Et me voici au printemps de ma 7ème existence.  Je n’aurai pas de 8ème chance, c’est maintenant ou jamais.  Il m’appartient de faire la synthèse de tout ce que j’ai appris au cours des siècles, de tirer le meilleur des expériences heureuses ou douloureuses qui ont jalonné mes vies.  Pour moi, il n’est pas question de déclamer ces vers célèbres : 

« C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs »

La vie antérieure – Ch. Baudelaire

 Non, point de voluptés calmes, ni d’azur, ni de splendeurs.  J’ai pu connaître des gloires éphémères, mais j’ai surtout vécu des injustices, des humiliations, des douleurs.  De cette somme de souffrances, il me faut tirer l’essence pour enrichir mon art dans cette dernière vie.  Elles s’étonnent de lire en moi tant de sombres pensées, elles ne comprennent pas comment j’ai pu apprendre tant de choses en un petit quart de siècle.  Si seulement elles savaient que ma création se nourrit des trésors de 33 siècles.  Le regard insondable que je pose sur elles a traversé les millénaires, du chat que je fus au sphinx énigmatique que je suis.

 


Par Lucrezia
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Caravage musical

Remerciements

Ce blog n’existerait pas sans la généreuse proposition, l’infinie patience et la magistrale réalisation (en bref, c’est elle qui a tout fait !) de Cath, THE Photoshop genius du forum Crazy Julien. Je lui suis infiniment reconnaissante pour tout le travail accompli et tiens absolument, par ces quelques mots, à lui exprimer mon immense gratitude.

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