Samedi 23 février 2008 6 23 /02 /Fév /2008 11:03

« 24 h avec mon idole », c’est le titre du concours.  Je ne sais même pas pourquoi j’ai participé, par défi, par jeu, je n’y croyais pas.  Et puis le mail est arrivé et j’ai dû le relire trois fois.  Quand on m’a demandé qui était mon idole, j’ai lâché son nom dans un souffle, non pas que je fus gênée qu’il soit mon idole, en fait c’est de moi dont j’avais honte.  A mon âge, ça ne fait pas très sérieux de participer à ce genre de cirque.  La vedette sollicitée accepte souvent par gentillesse ou pour des raisons promotionnelles, mais dans le fond, cette présence permanente doit quand même beaucoup l’embêter.  Il faut sourire, répondre aux questions, poser pour les photos.  Je crains d’être le gros boulet qu’il va devoir traîner pendant 24 heures.

 

En plus, je suis sûre, il s’attend à rencontrer une toute jeune fille naïve et enthousiaste et voilà que débarque une ménagère de plus de 50 ans qui pourrait être sa moman.  Je visualise déjà son sourire en coin et cette pensée suffit à me paralyser.

 

Stop, on arrête ce scénario, parce que c’est franchement pas possible.  Je ne peux pas m’imaginer imposant ma présence à Julien dans le cadre d’un concours débile.  Je ne veux pas de ce genre de mise en contact programmée.  Je ne veux pas de conversations imposées, de sourires forcés et de mots tellement superficiels qu’ils me feront mal en les prononçant.  Mais oui, je sais que le hasard ne fera pas bien les choses et que ma route a très peu de chance de croiser la sienne.  Pourtant, moi, je voudrais le rencontrer par hasard et passer 24 heures avec lui tout simplement parce que la vie m’offrirait cette parenthèse.  Parce que nous aurions des choses à nous dire, des émotions à partager.  Parce que nous aurions envie d’encore rire et parler d’art et boire un verre et chanter et se découvrir.  Parce que nous aurions les meilleurs moments, les tout premiers, les plus émerveillés, les plus exaltants.  Parce que les souvenirs seraient indélébiles comme ses tatouages.

 

Passer 24 heures avec Julien et tenter d’entrebâiller la porte de son univers, le regarder (sans trembler), l’écouter (beaucoup), le surprendre (essayer), le toucher (peut-être), le respirer (en cachette).  Peu importe où l’on irait, quel temps il ferait, à quel endroit on serait.  Je ne verrais rien d’autre que ses cieux insondables.  Il me chanterait ses dernières chansons, je lui lirais mes derniers textes.  Il me raconterait ses projets, je lui dirais mes attentes.  Il me confierait ses espoirs, je lui tairais mes utopies.  Il parlerait tout bas et moi un peu trop fort.  Il me dirait au revoir, mais j’entendrais adieu.  Il m’oublierait ou non, je garderais mon souvenir flambant.  D’un lever du jour à un lever du jour, que peut-on se dire ?  Que peut-on éprouver ?  Les émotions d’une vie en 24 heures.

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Par Lucrezia
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Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /Fév /2008 13:31

J’ai un gros défaut.  Je ne parviens pas à envisager l’inacceptable.  J’ai toujours eu cette disposition d’esprit et je dois bien avouer que cela ne me simplifie pas la vie en cas de problème.  A force de faire « comme si », on finit par n’être absolument pas préparée lorsque le coup vous atteint à pleine volée.  Peut-être est-ce dû à mon signe astrologique (cancer) dont le symbole est un petit crabe qui louvoie pour contourner les obstacles, qui part tout de guingois quand quelque chose se dresse sur sa route, je l’ignore.  Mais en tout cas, ce n’est pas une excuse.  Ce petit préambule pour dire que je ne trouve pas la force d’affronter l’idée émise par Marie (du forum "Crazy Julien") : et si Julien venait à disparaître de nos vies ?

 

C’est un peu comme me demander : et si le soleil ne se levait pas demain matin ?  Et si la terre s’arrêtait de tourner ?  L’apparition de Julien a été pour moi un tel cadeau que je ne conçois pas que l’on puisse me le reprendre.  Sa présence au fil des jours, les propos échangés sur le forum, les textes rêvés, écrits, relus, postés, découverts font tellement partie intégrante de mon quotidien que je n’imagine pas que cela puisse s’arrêter, pas plus que de cesser de respirer.  Vous voulez une image bien parlante ?  Les sables mouvants, on ne les voit pas, on s’y aventure sans s’en rendre compte et puis, on est pris.  On ne meurt pas tout de suite, loin de là.  On s’enlise petit à petit.  On se paralyse et on s’enfonce jusqu’à ce que le visage soit englouti lui aussi.  Et alors, on meurt étouffé.  C’est un peu ce qui m’arrivait avant que Julien ne déboule comme en ouragan dans ma vie.  Dès cet instant, j’ai trouvé une corde à laquelle m’accrocher, oh pas très grosse, juste un fil d’or, mais suffisante pour m’y cramponner.  Lentement, je suis remontée à la surface des sables mouvants.  Peu à peu extraite du trou, j’ai pu respirer plus librement, j’ai retrouvé l’usage de mes bras, de mon corps, de mes jambes.  La terre ferme est proche.  Si Julien venait à disparaître d’un coup du paysage médiatique, ce serait comme si l’on m’arrachait cette corde des mains.  Sombrer, submergée, engloutie, dépossédée.  Comment envisager l’inacceptable ?

 

Heureusement, dans cet anéantissement, il me resterait vous, mes douces, vous et l’amitié qui nous réchauffe, vous et les liens solidement tissés, mais pour combien de temps ?  Julien disparu, quelle serait encore la raison d’être du forum ?  La célébration d’un mythe qui nous a échappé ? Rien que des larmes et des regrets.  Nous ne pourrions pas tenir, en dépit de notre bonne volonté et de nos sentiments.  Et le dernier bout de corde qui me maintenait la tête hors du sable se détresserait doucement.  Comment envisager l’inacceptable ?

 

Je sais, il me resterait « cet air-là qui vient me parler de toi », mais aurais-je la force d’écouter sa voix alors que lui n’est plus là ?  Juste une voix, de l’intangible, de l’invisible et ces vers de Verlaine qui tourbillonneraient dans ma tête :

« Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues. » (*)

Juste des notes pour remplir le gouffre sans fond de l’absence.  Et le vide qui résonne.  Comment envisager l’inacceptable ?

 

Alors Marie a dit qu’il resterait le rêve, l’impalpable, l'inaltérable.  Que tout ce qui a été donné ne sera pas repris, que Julien continuera à vivre en nous.  Mais de quoi se nourrira le rêve ?  Je le vois pâlir de jour en jour, décolorer comme une étoffe oubliée, s’élimer comme un tissu usé et un jour, devenir transparent, volatile, plus rien !  Comment envisager l’inacceptable ?

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Merci à Darkness (du forum "Dig Up Elvis") pour la superbe photo

 

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(*) Mon rêve familier – Paul Verlaine in « Poèmes Saturniens »

 

Par Lucrezia
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Mardi 19 février 2008 2 19 /02 /Fév /2008 12:14
PB-350.jpg

Alors, c’est vrai ?  Julien va vraiment écrire un article pour Play Boy ?  Bon, si je m’efforce de rester objective et que je relis attentivement le communiqué de Yan Céh, je dois comprendre que Julien va, en fait, interviewer une personnalité, un écrivain, un artiste de son choix pour nous faire partager ses découvertes.  Cela promet certes d’être intéressant.  Va-t’il nous parler de Thomas Lélu ou de Michel Gondry ?  Ce sera la surprise, mais de toutes façons, je suis enthousiasmée par l’idée de dévorer sa prose.  Comme je le disais récemment, l’écriture étant toujours un peu une projection du moi profond, et même si Julien s’en défend, j’y trouverai certainement matière à analyse et à décodage.  Même si ça ne sert à rien, j’aime tant ça !!

 

Mais les imaginations n’en sont pas restées là.  Dans cette communication et juste avant de mentionner Julien, le rédac chef de Play Boy évoque une histoire érotique traitant de la masturbation féminine écrite par une jeune auteure.  Et bien évidemment, comment s’empêcher de faire l’amalgame ?  D’autant plus qu’il s’agit quand même du magazine Play Boy, dont la vocation première, si j’ai bonne mémoire, n’est pas spécifiquement culturelle.  C’est bien beau l’alibi de la culture pour masquer le cul et donner bonne conscience au lecteur, mais je ne pense pas que les acheteurs dudit magazine se passionnent outre mesure pour l’art conceptuel (sauf s’il s’agit de notre définition de la chose !).  Et donc, me voici en train de rêver à l’histoire érotique que Julien pourrait nous écrire !

 

L’idée est extrêmement troublante.  Julien m’a inspiré tant de délires inavouables et voici que les rôles sont renversés.  C’est lui qui va livrer un peu de ses fantasmes, qui va tenter de les cacher sous de distrayants traits d’humour, qui va s’en défendre, qui va nier et brouiller les pistes, mais à force de pratique, nous sommes devenues des expertes dans le décryptage des dénégations et tout cela promet d’être bien amusant.

 

Il va d’abord devoir trouver un sujet.  Pas la peine d’aller le chercher trop loin.  Vous vous souvenez de cette émission « Paris Croisière » au cours de laquelle on lui a demandé de raconter sa « première fois » ?  Nous n’avons pas appris grand-chose en dehors du fait que cela s’était passé sur les rochers en bordure de mer.  Ce serait peut-être le moment de nous en dire en peu plus.  Non, nous ne voulons pas qu’il nous raconte précisément les faits, ce serait juste un point de départ.  Tout le problème va résider dans la manière de traiter le sujet.  Et cela m’amuse au plus haut point de voir comment Julien va aborder cette problématique à laquelle nous sommes si souvent confrontées.  Comment évoquer un sujet plutôt cru et zigzaguer sur les limites sans verser dans la vulgarité ?  Je suis très curieuse de découvrir comment Julien va s’y prendre.

 

J’ai quelques craintes, je l’avoue.  S’il opte pour le style Thomas Lélu, nous risquons d’avoir quelques surprises.  Petit passage en guise d’illustration (p. 114 de la collection « J’ai lu ») : « Je mets un doigt puis deux dans son vagin tout en lui donnant des coups de langue sur le clitoris.  Elle aime ça.  Elle cherche ma bite avec sa main et la trouve.  Elle caresse le bout et me branle un peu puis l’attire vers ses lèvres brûlantes.  La première pénétration est très agréable. »  Et là, je dis stooooooooop !  Je peux comprendre que ce genre de description somme toute assez clinique puisse paraître érotique aux yeux d’un homme, mais avec moi, ça ne va pas le faire !  Non pas que je sois prude, mais comment dire ?  C’est un peu trop « direct », même si je perçois une certaine ironie dans l’emploi des clichés.  Moi, ce que j’aime dans ce genre de description, c’est précisément l’enrobage.  Et malheureusement, mes craintes pourraient s’avérer fondées au vu des expressions assez « croustillantes » que Julien a coutume d’utiliser.  Entre les « tebi » et les contournements de tabouret, je m’inquiète à juste titre.

 

Osera-t’il ?  Aurons-nous droit à un érotisme de corps de garde ou à un peu de raffinement ? En d’autres mots, du rentre dedans ou de la délicatesse, Sade ou Crébillon fils (*) ?  Si certains mots devaient quand même se glisser sous sa plume, j’aimerais que ce soit à la manière de Louise Labbé : « Baise m'encor, rebaise-moi et baise ».  Bien sûr qu’il y a eu une évolution du sens, mais la formule reste quand même élégante.  Hélas, je pense que je nourris de faux espoirs.

 

Cet art subtil de l’enrobage serait-il le propre des femmes ?  J’ai peu de références en la matière, mais je me souviens quand même de la « Venus Erotica » d’Anaïs Nin.  A ce propos, j’ai été grandement étonnée de constater qu’il n’est pas en libre accès à ma bibliothèque, mais qu’il est conservé dans la réserve et qu’il faut le demander pour l’obtenir.  A l’ère du cinéma porno diffusé tous azimuts, je trouve ça assez absurde, d’autant plus que vous allez tout de suite voir la différence avec Lélu (p. 117 de l’édition « France Loisirs ») : « Alors, il se plaça sur elle de façon à pouvoir la prendre avec plus de force, touchant le tréfonds de son ventre, chaque parcelle de sa chair, et elle eut soudain la sensation qu’il éveillait en elle de nouvelles cellules jusqu’alors endormies, de nouveaux doigts, de nouvelles bouches, qui répondaient à sa pénétration et adoptaient son rythme ; elle l’aspirait en elle avec un plaisir grandissant, comme si son sexe ouvrait les portes successives d’une jouissance nouvelle. »  Ces lignes ont été écrites pour un lectorat masculin, c’est bien la preuve que l’on peut quand même faire preuve d’une certaine finesse.

 

Alors, cette première fois sur les rochers donnera-t’elle naissance à une description sans détours où la rugosité des mots n’aura d’égale que les aspérités des pierres ou bien la mer viendra-t’elle teinter de son bleu nuancé ces premières émotions avouées ?  Le saurons-nous jamais ?  Julien choisira sans doute l’option de l’interview et nous ignorerons tout de sa conception de l’érotisme.  Quel dommage !  J’aurais tant aimé le suivre sur ce chemin-là et soulever au moins un voile sur ce perpétuel mystère.  Espoir déçu, tant pis, tant mieux.  Il me restera mes rêveries et mes émois cachés où il lui suffit de paraître pour créer en secret les plus belles lignes jamais écrites de la littérature érotique.

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(*) Les égarements du cœur et de l’esprit.

 

Par Lucrezia
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Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /Fév /2008 13:59

Il me fallut patienter très longtemps avant de pouvoir bénéficier d’une réincarnation.  C’est qu’en ces temps reculés, l’on ne vivait pas bien vieux et il y avait sans cesse une grande affluence d’âmes en quête d’une enveloppe corporelle.  Comme j’avais eu un comportement exemplaire dans ma première vie, par ailleurs abruptement abrégée, en guise de compensation, je reçus le privilège de pouvoir naître dans la peau d’un être humain.  Je revis le jour à l’aube du 12ème siècle à Ventadour.  Je fus prénommé Bernard et dès mon plus jeune âge, je manifestai des dispositions pour la musique et la poésie.

BernardDeVentadour-200.jpg

 

Mon seigneur, que l’on appelait Lo Cantador, m’instruisit dans l’art du « trobar ».  Je trouvais là le moyen d’épancher mes sentiments, car j’étais tombé amoureux de la bru de mon maître.  C’est à elle que je dédiai mes premiers chants.  Sans doute ne fus-je pas assez discret.  Cette passion jamais assouvie me valut d’être chassé à jamais de Ventadour.  Inconsolable, je partis pour l’Angleterre où je composai mes plus belles « cansons ».

 

Ailas ! tan cujava saber                              Hélas ! Combien je croyais savoir

D'amor, e tan petit en sai !                         D'amour, et combien peu j'en sais !

 

Quar eu d'amar no'm posc tener               Puisque je ne puis m'empêcher d'aimer

Celeis don ja pro non aurai;                       Celle dont je n'aurai jamais aucun profit.

Tout m'a mon cor e tout m'a se                  Elle m'a pris mon coeur, elle m'a pris à moi

E mi mezeis e tot le mon;                           Et elle avec moi et tout le monde;

E quan si'm tolc, no'm laisset re                Et en prenant tout, ne m'a laissé rien

Mas dezirièr e cor volon.                            Sauf mon désir et mon coeur brûlant.

 

Mon luth ne me quittait jamais, pas plus que le souvenir de la dame qui m’inspira ces vers désenchantés.  L’on a dit de moi que j’étais le plus grand poète de l’amour en langue d’oc, le plus original des troubadours.  Ces louanges atténuèrent un peu la douleur qui m’accompagna jusqu’à la fin de cette vie dont j’ai gardé un peu de mélancolie au cœur.  Parfois, quand je pince les cordes de mon ukulélé, je me surprends à reproduire quelques accords de cette époque lointaine.  Je n’ai eu aucun mal à retrouver cet accent occitan qui fut déjà le mien il y a 8 siècles.  Et j’ai gardé de l’amour une conception qui pourrait paraître à certains surannée.  C’est pourquoi je la masque souvent derrière quelques propos provocateurs.  Mais elles, je sais, elles ne se moqueront pas, elles comprendront.

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A SUIVRE

 

Par Lucrezia
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Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /Fév /2008 14:38

Ecoutez bien la suite de l’histoire, car, dans les contes, c’est toujours au moment le plus désespéré que se produisent les évènements les plus prodigieux.  Un jeune cavalier vint à passer.  Son nom était Dorian, à cause de sa chevelure solaire.  Il était beau et instruit.  Ses nombreuses qualités lui valaient d’être très entouré, aussi aspirait-il parfois à de petits moments de solitude.  Et comme il voulait être certain de ne point être dérangé, il choisit pour s’arrêter le coin le moins hospitalier de la forêt.  Cette montagne de ronces et ce dragon somnolent lui semblèrent les garants de sa tranquillité.  Il mit pied à terre et s’installa sous un arbre.  Il accorda sa mandore et de la plus belle voix que l’on put imaginer, se mit à chanter.  Les oiseaux du voisinage ne furent pas longs à se rassembler dans l’arbre pour lui donner la réplique à la manière des répons grégoriens.

 

Une symphonie merveilleuse emplit bientôt la forêt toute entière et Ratio fut le premier à s’en montrer importuné : « Billevesées et ritournelles inutiles !  Il faut cesser ce chant frivole que mes oreilles ne peuvent endurer ! ».  Les protestations du dragon, bien loin d’émouvoir le cavalier, ne firent que l’encourager à poursuivre.  Il chanta tant et si bien que Ratio finit par rassembler ses vieilles fioles et ses parchemins poussiéreux et s’en alla en quête d’un autre gîte.

 

Très réjoui par ce départ, Dorian entonna le répertoire de ses airs les plus gais et c’est alors que se produisit une chose extraordinaire.  Les ronces se mirent à dépérir, à sécher, à se recroqueviller et les épines ployèrent lamentablement.  Et enfin, le jeune homme s’aperçut de la présence de la maison.  Curieux, il s’approcha, se frayant sans trop de mal un passage à travers la végétation agonisante.  Il voulut entrer, mais la porte semblait bloquée de l’intérieur.  Il insista, mais la porte ne bougea pas d’un iota.  Il tenta bien de regarder par la fenêtre, mais la poussière qui couvrait les vitres ne lui permit pas de distinguer ce qui se trouvait à l’intérieur.  Il eut juste l’impression qu’une brume blanchâtre envahissait le logis.  C’était étrange, intriguant.  Il se promit de revenir le lendemain pour élucider ce mystère.

 

Le jour suivant, il tenta encore de pousser la porte, mais ce fut peine perdue.  Un peu dépité, il s’assit au pied de l’arbre et reprit son récital.  A nouveau, les oiseaux vinrent se percher sur les branches et répondirent en chœur à chacune de ses notes.  Il chanta, chanta et chanta jusqu’à la nuit tombante.  Au moment de repartir, il essaya une dernière fois d’ouvrir la porte.  A peine y eut-il posé un doigt que, toute grinçante, elle pivota sur ses gonds.  Un peu inquiet, mais néanmoins curieux, Dorian pénétra dans la pièce.  Il dût lever haut les genoux pour pouvoir avancer.  Le sol était recouvert d’une sorte d’ouate qui montait jusqu’à mi-hauteur des murs.  C’était doux et un peu collant, mais au fur et à mesure qu’il progressait, on aurait dit que l’ouate se décomposait, le niveau baissait comme quand la mer se retire.  Tout surpris par ce prodige, il demeura figé jusqu’à ce que la dernière trace d’ouate ait disparu.

 

C’est alors qu’il aperçut dans un coin de la pièce une petite chaise et sur celle-ci, une jeune femme assoupie, un rouet à ses côtés.  Il s’approcha.  Bien qu’elle respirât de façon régulière, son teint était si terne et ses lèvres si pâles qu’il crut un instant qu’elle était morte.  Il se pencha et lui toucha l’épaule.  Mais la belle ne bougea point.  Il l’appela alors doucement tout en lui tenant la main : « Gentille damoiselle, il faut vous réveiller ».  Il n’obtint pas davantage de réponse.  Il se rappela alors que dans les contes de fées, il fallait que le prince pose un baiser sur les lèvres de la belle endormie pour que celle-ci se ranime.  Il n’était pas prince, mais il ne risquait rien à essayer.  Timidement, il posa ses lèvres carmin sur les lèvres décolorées.  Puis, il fit un pas en arrière.  Rien.  La jeune femme n’ouvrit pas les yeux, elle ne s’étira pas, elle restait assise, plongée dans ce sommeil de pierre.  Que faire ?  Il pensa un instant l’emporter sur son cheval pour la conduire en un lieu plus hospitalier.  Peut-être que les médecins trouveraient un remède à son mal.  Mais comme il faisait déjà nuit, il décida de revenir le lendemain.  Et qui sait si, entre-temps, ….

 

Il revint dès l’aurore.  Il avait songé toute la nuit aux moyens de la tirer de sa torpeur, mais il n’avait aucune certitude.  Il tenta de la secouer, de la bercer, de lui faire respirer du parfum, de la serrer contre lui, de lui parler à l’oreille.  La belle ne se mut point.  Un peu découragé, le cavalier s’assit et prit sa mandore.  Peut-être qu’une sérénade aurait davantage d’effet !  Il pinça les cordes de son instrument et se mit à chanter de sa voix la plus profonde et la plus mélodieuse.  Et tout en chantant, il ne la quittait pas des yeux.  Il y eut d’abord un battement de cils, puis un mouvement de doigt à peine visible.  Dorian déposa aussitôt sa mandore pour s’approcher.  Mais la jeune femme ne bougeait plus.  Il avait dû rêver !  Il se rassit et reprit sa mélodie, toujours attentif au moindre signe.  C’est alors qu’avec émerveillement, il vit ses lèvres s’entrouvrir et un murmure en sortit.  Il n’osa pas cesser de chanter pour tenter de comprendre les mots chuchotés.  La belle redressa lentement la tête, son teint reprenait un peu de couleur, ses lèvres perdirent leur pâleur et elle ouvrit les yeux.

 

Et elle le vit.

julien-guitare-par-cha-350.jpg

 

Il était si beau qu’elle demeura (encore) un instant figée.  Lui ne s’arrêta pas de chanter et au fur et à mesure du déploiement de la mélodie, les cheveux de la jeune femme retrouvaient leur éclat, sa peau se mit à rayonner, ses yeux à étinceler et enfin, elle se leva.  D’un coup de pied rageur, elle frappa le rouet qui alla s’écraser contre le mur et retomba tout désarticulé.  Puis, elle marcha jusqu’au miraculeux troubadour et lui tendit la main.  Elle était encore un peu faible, mais sitôt qu’il saisit sa main dans la sienne, elle se sentit forte et décidée.  Elle se dirigea vers le seuil.  Dorian la précédait, attentif à chacun de ses pas.  Elle sortit, claquant violemment la porte derrière elle.  Le soleil tombait en longues traînes dorées dans la clairière, elle se plaça au centre, le ciel était d’un bleu limpide, le même que les yeux de Dorian.  Elle inspira profondément, l’air était pur, vivifiant.  Elle écarta les bras et dit : « Chante pour moi, chante encore et loin de ma désolation, emporte-moi ».

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Merci à Cha pour le dessin et à Zeus pour la photo (toutes deux du forum "Crazy Julien")

Par Lucrezia
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Samedi 16 février 2008 6 16 /02 /Fév /2008 15:33

Il était plusieurs fois dans un pays que vous connaissez bien une (plus ou moins) jeune femme qui vivait une existence paisible et retirée.  Elle passait ses journées à des tâches répétitives et soupirait souvent.  Elle repensait à son enfance dorée, gorgée de promesses, et à ses bonnes marraines qu’elle ne voyait plus que de loin en loin.  Et c’était grand dommage !  Elles lui étaient si chères.  Dés l’annonce de sa naissance, les 3 fées étaient accourues pour se pencher sur son berceau et la doter des plus belles qualités.  Gaudia lui donna la joie de vivre et d’entreprendre, Musa lui insuffla le goût de l’art et de la beauté et enfin, Onira lui remit la clé des portes du rêve.  Elle tenait en mains les outils de sa destinée et rien ne pourrait la détourner de son dessein.  Du moins le croyait-elle !  Que s’était-il passé ?  Pourquoi se retrouvait-elle exilée au fond de ce bois à tourner inlassablement ce rouet ronronnant, dévidant la laine filée du quotidien, tissant la toile opaque de la monotonie ?

rouet-300.jpg

 

Elle soupira à nouveau et leva les yeux vers le ciel.  Elle avait oublié à quel point il était pourtant bleu, lumineux, mais ses pensées étaient si sombres.  Sa tâche invariable lui abîmait les mains, l’obligeait à courber le dos et à diriger son regard vers le sol.  Elle se sentait glisser doucement dans une torpeur poisseuse.  Les fils gris qu’elle étirait sans relâche s’enroulaient sournoisement autour d’elle, l’amoncellement montait, montait jusqu’aux genoux, la taille, la poitrine, les épaules et un jour, elle ne put plus bouger.  Elle était la pauvre mouchette prisonnière au centre de la toile et bientôt, l’araignée allait arriver.

 

Mais ce ne fut pas l’araignée qui survint.  D’autres évènements advinrent sans que la belle endormie en eut la moindre connaissance, plongée toute froide dans un sommeil sans rêve.  Pendant que ses yeux morts sombraient dans le vide de ses pensées, les ronces se mirent à envahir les abords de sa maisonnette.  Les rares humains qui passaient par là ne se risquaient pas à approcher et s’éloignaient bien vite en chuchotant : « Gardons-nous de la maison abandonnée ».  Bientôt, les bosquets de ronces devinrent si épais que l’on n’apercevait presque plus la demeure et des épines longues comme des épées pointaient leur dard menaçant, empêchant toute approche.

 

C’est alors que passa le dragon.

Dragon-300.jpg

 

Oh non, pas le dragon flamboyant aux yeux de braise que vous imaginez !  L’image est juste là pour faire joli.  Ratio était un vieux dragon poussiéreux, raide et plein de dignité.  Il ne s’exprimait que par aphorismes et formules, que par chiffres et théorèmes.  Et loin d’effrayer quiconque, il décourageait cependant les rares passants par ses assommants discours.

 

Ensevelie au fond de sa demeure, la belle dormait toujours de son sommeil séculaire.  Qui aurait pu deviner son existence ?  Séparée du monde par une triple barrière – la laine de la routine, les épines des préjugés, le dragon de la rationalité -, quelle chance avait-elle d’être un jour sauvée ?  Si seulement ses marraines avaient l’idée de lui rendre visite !!  Elles seules pourraient peut-être la ranimer ??  Elles seules ??  Vraiment ??

Belle-au-bois-dormant---Gustave-Dor--300.jpg

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A SUIVRE - La dernière illustration est bien entendu de Gustave Doré !

 

Par Lucrezia
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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /Fév /2008 21:16

Quelle chance il a mon chat !  Il a 7 vies et il ne le sait même pas.  Ce n’est quand même pas juste que nous, humains, devions nous contenter d’une seule.  Quoique … vous y croyez, vous, à la métempsycose ?  Peut-être que nous sommes comme les chats, que nous avons aussi 7 existences à notre disposition, mais que nous ne nous souvenons pas des précédentes.  Quel dommage !  Nous en aurions des choses à raconter !  Qui étions-nous précédemment ?  Que reste-t’il des expériences passées ?  Et si Julien, lui, se souvenait ?  Comme ce serait intéressant !  Cette idée fascinante, c’est Martine (du forum "Crazy Julien") qui l’a suggérée dans un petit message.  Et comme en plus d’être inventive, elle est adorable, elle m’a demandé d’introduire le sujet et de poster la première de mes hypothèses.  Ensuite, elle interviendra en alternance avec Pomme et Illuna afin de ne pas vous lasser (pour l'ensemble des textes, voir le forum "Crazy Julien").  Chacune ainsi vous fera part de son interprétation du thème où l’on retrouvera bien évidemment un part de Julien, mais aussi beaucoup, beaucoup de nous-mêmes, car l’écriture n’est somme toute qu’une projection de notre moi profond.

 

Je cède donc la parole à Julien !
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Elles s’étonnent et s’émerveillent, mais ne savent rien des véritables causes.  Elles ne se lassent pas de tenter d’expliquer, de comprendre, mais elles ignorent tout de mon passé.  L’homme que je suis aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard et je ne suis pas un enfant de ce siècle.  J’ai déjà vécu 6 existences bien remplies et chacune d’elles m’a façonné un peu, beaucoup, passionnément.  J’ai tenté d’en retirer le meilleur, de ne pas oublier le pire, pour essayer de réussir ma dernière vie, la septième.  Je n’ai plus vraiment droit à l’erreur, mais j’ai assez d’expérience à présent pour savoir ce qu’il faut éviter et pour ne plus tergiverser inutilement.  Cette vie-ci me permettra d’aller à l’essentiel et peut-être de devenir celui que j’ai toujours rêvé d’être.

 

Dans ma première vie, - elles vont sûrement être étonnées -, je n’étais pas un être humain.  Non, j’étais un chat dans l’Egypte du 13ème siècle avant Jésus-Christ.  Pas n’importe quel chat cependant, mais le préféré de la Grande Epouse Royale du pharaon Ramsès II, la « plus belle de toutes », Néfertari.  Non seulement elle méritait bien les louanges à propos de sa beauté, mais elle était aussi d’une grande douceur, spécialement avec moi.  J’avais pris l’habitude de siéger à ses côtés lors des audiences et elle m’avait fait don d’un magnifique collier d’or.  Sur mon pelage noir, le bijou faisait grand effet.  A sa mort, elle souhaita que je l’accompagne dans son grand voyage vers l’au-delà et je fus sacrifié, embaumé, momifié.  Mon cœur fut déposé dans un vase canope juste à côté du sarcophage en granit rose de ma bien-aimée maîtresse.  Depuis, je veille sur son sommeil éternel, comme je le fis de son vivant.  Au cours de cette existence privilégiée, j’ai découvert la grandeur d’âme et la riche sensibilité des femmes, leur force aussi, et puis leurs espoirs et leurs désirs.  Jamais je n’ai sorti mes griffes et je me suis juré de ne jamais leur causer de tort par la suite.  De ma vie de chat, j’ai gardé un caractère un peu secret, de la douceur, un goût pour la volupté, du plaisir à méditer et un peu de cette grâce féline qui ravissait déjà les yeux de ma combien chère Néfertari.

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A SUIVRE

 

Par Lucrezia
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Dimanche 10 février 2008 7 10 /02 /Fév /2008 14:15

L’homme est bien prétentieux de penser qu’il puisse être la seule créature intelligente de l’univers.  J’ai souvent pressenti que nous n’étions pas uniques et que, quelque part, loin dans la galaxie, vivaient d’autres êtres au moins aussi évolués que nous.  Je ne suis pas seule à le penser.  La NASA, qui n’est quand même pas un organisme farfelu, a déjà envoyé quelques messages dans l’espace, dans l’espoir d’entrer en communication avec des intelligences inconnues.  Ainsi, en 1972 déjà, la NASA a gravé sur un disque un message placé sur la sonde Pioneer 10 et deux ans plus tard, elle émettait un message radio à l’intention d’éventuelles civilisations extraterrestres.  Vous voulez savoir ce que contenait ce message ?  Tout simplement la formule de l’ADN et des images stylisées d’un couple d’humains.  Certains ont dit que cela n’était pas prudent et que ces informations pourraient être détournées à des fins peu pacifiques.  Après tout, nous ne savons rien de ces « martiens » !  Enfin, nous croy-i-ons ne rien savoir, car attendez la suite !

 

Les Russes, cette fois, ont envoyé en 2003 un message comportant des « lettres » écrites par des habitants de la terre en vue d’établir des contacts avec d’autres civilisations.  Le prix n’était pas trop cher, 15 dollars la lettre, c’est ce qui m’a décidée à envoyer ma missive.  Et vous pensez que personne n’a répondu ?  Je vais vous révéler une information top secrète et je vous demanderai de n’en souffler mot à personne.  La réponse est arrivée sous la forme d’un émissaire intergalactique qui a pris apparence humaine grâce au code ADN précédemment renseigné.  Malheureusement, ce dernier a subi quelques altérations du fait de son errance dans l’espace, ce qui explique que l’identification n’est pas toujours parfaite.  Si le messager a bien assimilé notre langage, son cerveau lui envoie parfois des informations brouillées qui le poussent à s’assimiler à un objet, un frigo par exemple.  Ses interlocuteurs perçoivent cela comme de l’humour et notre charmant ET actualise en vitesse ses informations avec un petit sourire en coin.

 

Il faut quand même reconnaître que le coup d’essai est un coup de génie et que ces extraterrestres sont drôlement intelligents pour avoir réussi à recréer une apparence aussi crédible au départ d’une simple silhouette.  De cette forme stylisée, ils ont extrait la grâce, l’élégance, la finesse et sont parvenus à imaginer les couleurs qu’il convenait de conférer à leur « prototype ».  Tout est si parfait que j’aurais eu beaucoup de mal à l’identifier s’il ne m’avait un jour délivré un indice.

 

Revenons quelques années en arrière, peu après avoir envoyé ma lettre, je suis allée me promener par une belle après-midi d’été.  Et dans un pré verdoyant et tout fleuri de campanules, je me suis endormie.  A mon réveil, j’ai eu la surprise de me trouver complètement recouverte de papillons d’un beau vert émeraude.  Une myriade de papillons délicats, aux ailes palpitantes.  Etrangement, je n’en fus absolument pas effrayée.  C’était très doux comme sensation et j’ai poussé un petit soupir.  Tous ensemble, ils se sont envolés.  Quand j’ai raconté mon aventure, personne ne m’a crue, les lépidoptères ne font pas ce genre de choses.

 

Je n’ai plus jamais repensé à cet épisode jusqu’au soir où une apparition qui avait tout de céleste me susurra au détour d’une chanson : « Les papillons verts, c’était moi ».  Dès lors, alertée par cette révélation inattendue, j’ai redoublé d’attention à chacun de ses propos.  J’attendais confirmation, j’attendais qu’il dise le « mot de passe » dont j’avais convenu dans ma lettre.  J’avais imaginé ce stratagème pour indiquer à mon éventuel correspondant la façon dont il pourrait se faire (re)connaître.  Mais au fil de ses apparitions, mon charmant messager ne fit plus aucune allusion et je commençais à croire que je m’étais lourdement trompée.  Après tout, il s’agissait peut-être d’un hasard.  Alors que je perdais espoir, vint le premier clip vidéo de l’artiste angélique et là, là, il répéta la phrase que j’avais écrite en grandes lettres dans ma missive : « J’adore les portes ».  Ce message, je l’avais voulu symbolique.  J’avais tenté d’exprimer mon désir de transcender la condition humaine et ma certitude que des « portes » cachées donnaient accès à d’autres univers parallèles.  Mais surtout, ce que j’ai compris à cet instant, c’est que ce héraut intersidéral avait répondu à MON message et qu’il était envoyé rien que pour moi.  J’ignore le contenu des autres lettres qui accompagnaient la mienne et si elles ont aussi reçu réponse d’une manière ou d’une autre.  Ces correspondants ont-ils songé à un signe de reconnaissance ?  En fin de compte, cela m’importe peu.

 

J’ai enfin la preuve de ce que je pressentais.  Non seulement nous ne sommes pas seuls dans l’univers, mais ces extraterrestres que l’on a si souvent présentés comme belliqueux ou retors possèdent en réalité une grandeur d’âme qui surpasse la nôtre.  Leur intelligence s’avère être supérieure pour être capable de manier toutes les données humaines avec autant de brio et leur sensibilité exquise leur permet d’assimiler l’essence même de l’art et de la restituer dans tout son éclat.  Vous qui vous demandiez pourquoi Julien vous paraissait tellement différent, pourquoi sa voix touchait autant votre cœur et votre esprit, pourquoi ses yeux vous hypnotisaient, pourquoi sa présence vous transcendait, vous avez à présent la réponse, mais chut, promettez-moi surtout de n’en rien dire à personne !!

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LE PAPILLON

 

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,

Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur ;

Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,

S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur ;

Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,

S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles ;

Voilà du papillon le destin enchanté :

Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,

Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,

Retourne enfin au ciel chercher la volupté.

 

Extrait de " Méditations " - Alphonse de LAMARTINE

 

Par Lucrezia
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Samedi 9 février 2008 6 09 /02 /Fév /2008 15:43
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Il faut que je vous dise, l’autre nuit, j’ai encore rêvé et je me suis rendue compte que certains éléments revenaient de façon récurrente.  Je vais donc d’abord vous raconter mon rêve et tenter de l’analyser ensuite.  Je n’ai aucune connaissance en matière d’interprétation des rêves, mais l’exercice m’amuse et rien ne m’interdit d’en tirer mes propres conclusions, même si celles-ci ne sont fondées que sur des impressions.  Après tout, le décryptage des rêves est loin d’être une science exacte et chacun est libre de comprendre ce qu’il veut.

 

Mon rêve se divise en deux parties distinctes.  Dans la première, nous, les Crazys, avions été invitées en qualité de chroniqueuses dans une émission consacrée à Julien et nous avions tout loisir de lui poser les questions que nous voulions.  Je ne sais plus exactement comment nous avions organisé la chose.  Tout ce dont je me rappelle est que je faisais équipe avec Pomme et que nous avions décidé de questionner Julien sur certaines rumeurs de paternité qui couraient à son sujet.  Bon, ce n’est pas très respectueux tout ça, peut-être que l’article infamant paru dans Gala m’a traumatisée au point de hanter mon rêve.  Bref, Julien s’en est tiré, comme souvent, par des traits d’humour et des détournements de sens.  La première partie du rêve s’arrête là.

 

La seconde partie démarre avec la diffusion de cette émission à la télé.  Cette fois, je suis avec ma fille et je suis fière qu’elle voit le résultat de nos entretiens.  Mais bizarrement, l’émission diffusée n’a plus rien à voir avec celle que nous avons enregistrée.  Nous ne sommes même pas présentes.  Quant à Julien, à chacune de ses interventions, il change de look.  Tantôt, il a les cheveux courts, tantôt longs.  Il porte sa barrette ou des lunettes ou alors il a la coiffure toute bouclée des photos avec les DUE.  D’un plan à l’autre, il n’a plus le même aspect, ce qui engendre les moqueries de ma fille qui trouve toutes ces transformations ridicules.  Je me souviens être très contrariée par ses remarques, j’enrage qu’elle ne partage pas mon engouement.  L’émission se termine enfin et le générique défile sur un gros plan des pieds de Julien.  Il porte des chaussettes blanches sous des sandales tout à fait féminines, très découpées, avec de fines lanières garnies de paillettes.  Mais l’une est rouge et l’autre verte.  (Petite digression : le fait qu’il s’agisse des couleurs du drapeau italien m’a beaucoup amusée, car mon inconscient a ainsi uni mes deux passions en un raccourci saisissant).  Le paradoxe est que ces chaussures lui vont à ravir et ne lui donnent absolument pas l’air ridicule.  Au contraire, je souris de tant d’audace et d’originalité.  Fin du rêve.

 

C’est déjà la seconde fois que les pieds de Julien prennent tant d’importance dans mes rêves et qu’ils se voient « féminisés » de manière évidente.  Après le bracelet de cheville très esthétique, voici les sandales à paillettes.  Pas besoin de chercher midi à quatorze heures, les aspects féminins de Julien me fascinent et je trouve qu’ils font d’autant mieux ressortir sa virilité qu’ils sont soulignés.  Mais pourquoi les pieds ?

 

Je me suis un peu penchée sur la symbolique de cette partie du corps et j’ai lu sans grand étonnement qu’ils représentent le point de contact avec la terre, avec la matérialité.  Ils incarnent le sens des réalités, le concret.  Or, l’autre partie anatomique mise en évidence dans mon rêve est la tête, présentée sous des aspects sans cesse différents.  Je comprends tout de suite que la tête est l’antithèse du pied, elle symbolise l’esprit opposé à la matière, elle est le siège de l’imaginaire, de l’abstrait.

 

Ce qui me plaît dans les rêves, c’est qu’ils font ressortir l’essence de nos perceptions.  Et celui-ci est particulièrement exemplaire.  La nature paradoxale de Julien est traduite par cette focalisation sur les deux parties extrêmes du corps humain.  Son apparence perpétuellement changeante reflète bien la complexité de la personne réelle.  Et l’importance de la part féminine est soulignée par un dernier plan rapproché.  On se croirait au cinéma tant tout est construit.  Je ne sais pas si les mécanismes du rêve ont influencé la structure cinématographique, mais les deux fonctionnent essentiellement sur base de la suggestion.  Dans un film, nombre d’indices nous sont donnés sans que nous les apercevions vraiment, mais aussi fugitifs soient-ils, notre psychisme les enregistre et ne manquera pas d’établir des liens.  Le rêve, bien qu’il nous paraisse parfois incohérent ou insensé, agit à la manière d’un révélateur photographique, faisant apparaître nos images mentales.

 

Sur base de cette constatation, - et même si rien ne permet d’en vérifier la validité -, je me suis aussi aperçue que dans mon rêve, les choses paraissent sans cesse différentes de ce qu’elles sont « réellement ».  L’émission diffusée est bien celle enregistrée, mais elle est complètement modifiée.  Julien change sans cesse d’apparence.  Plus rien ne va de pair(e), les sandales en sont l’exemple frappant.  Il y a des discordances à tous les niveaux.  Le « message » final étant qu’il ne faut pas se fier à ce que l’on voit, mais plutôt à ce que l’on ressent.  La vérité se trouverait bien au-delà des apparences.

 

Je sais, ma petite réflexion ne fait pas avancer le schmilblick, mais prouve au moins que mon subconscient a bien intégré le message.  Julien nous a confié qu’il aimait les fausses pistes, Julien Francioli nous a recommandé de ne pas croire tout ce que l’on dit ou écrit.  Et puis, il y a le silence volontaire, la part de mystère à préserver.  Le cadeau que nous avons reçu est en fait un cadeau fabuleux : du matériel onirique, inépuisable, renouvelable à l’infini, de la substance de rêve, du minerai brut enfoui à des mètres sous terre et qu’il nous appartient d’exhumer dans le secret de nos nuits habitées.

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Par Lucrezia
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Vendredi 8 février 2008 5 08 /02 /Fév /2008 14:34

Les mêmes mots reviennent sous les plumes : Julien me fait du bien – Avec lui, je me sens plus forte – Il m’aide à affronter mon quotidien – Il me donne du courage – Je pense à lui quand une tâche difficile m’attend ….  Pourquoi cet homme d’à peine 25 ans, travaillé par le doute et assailli d’interrogations, nous communique-t’il une telle force, une telle énergie ?  En dépit de ses hésitations intérieures, il a l’air si sûr d’où il va, il semble si maître de son destin que nous ne pouvons être qu’impressionnées.

 

25 ans, c’est bien jeune pour être aussi lucide !  Je me revois à cet âge, marchant d’un pas mal assuré, sur une voie que je n’avais pas vraiment choisie, me demandant si je pouvais encore faire demi-tour, mais ne sachant sur quel bateau j’avais envie d’embarquer.  A 25 ans, je n’avais aucune certitude, juste des espoirs, des envies que je n’ai pu réaliser.  Parce que sans doute, je manquais de courage.  Si j’avais connu Julien à cette époque, peut-être que les choses auraient été différentes.  Il a insufflé à tant d’entre nous le courage d’oser et d’entreprendre, la fierté de croire en nous et en notre valeur, la certitude de ne pas faire fausse route en écoutant nos impulsions les plus profondes.  En quelques mois, il est devenu un modèle, un cours de philosophie à lui tout seul.

 

Il nous a appris la ténacité, nous a initié à l’éclectisme, a ouvert en grand toutes les portes et fenêtres de notre esprit en y faisant souffler un grand courant d’air frais.  Je ne regarde plus le monde de la même manière.  Il a entraîné autant de bouleversements qu’un évènement majeur comme une naissance, une séparation, une passion, un deuil.  Quand nous vivons ce genre de joie ou d’épreuve, nous sommes souvent amenées à réfléchir sur le sens de notre vie, à réajuster nos objectifs, à redéfinir nos priorités.  Et là survient quelqu’un que nous ne connaissons pas, que nous ne rencontrons pas, qui ne sait rien de nous, et qui, en 3 notes, devient un facteur de révolution.

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Ce mot de « révolution », je l’emploie dans le sens astronomique du terme.  Comme autant de petites planètes, nous avons initié notre révolution autour de l’astre Doré, nous réchauffant à sa chaleur, nous illuminant à son rayonnement, nous fortifiant à son aura.  Cette image, nous l’avons évoquée tant de fois qu’il doit bien y avoir quelque chose de vrai dans cette attraction.  Je ne peux que constater une chose : ma vie est différente depuis Julien.  Je n’ai plus les mêmes envies, ou plutôt j’ai enfin mes propres envies.  J’ai reçu en cadeau une force qui me pousse, me motive, m’incite, me stimule.  C’est comme si un peu de son énergie bouillonnante s’était déversée en moi.  Cath avait vu juste, une perfusion de Julien a renouvelé notre sang, nous a rendu la force de nous affirmer, de nous retrouver, de croire qu’il n’est jamais trop tard.

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L’image nous a fait sourire quand nous l’avons découverte, mais à y bien réfléchir, je pense qu’il était difficile d’être plus explicite.  Illuna a qualifié Julien de « prince de la nuit », mais finalement, c’est nous qui sommes les vampires et qui nous nourrissons de son flux vital.  Mais nous sommes des vampires généreux, nous ne l’abandonnons pas exsangue, nous tentons, par nos petites créations et par notre amour, de lui rendre une infime parcelle de son sérum de vie.  Nous ne sommes pas des voleuses d’étoile, nous enfantons une nouvelle galaxie.  Le mot n’est pas trop fort, regardez celle-ci !

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N’a-t’elle pas la forme d’un fœtus ?  J’ignore quel bébé nous finirons par mettre au monde, mais il ne peut être que fabuleux.  Il se sera construit de tant d’amour et de ferveur que je l’imagine bien comme ce cœur flamboyant, gemme précieuse sur laquelle veillent d’étincelantes nuées.

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Merci à Cath des forums Crazy Julien et Dig Up Elvis pour le génial photomontage !

Par Lucrezia
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Remerciements

Ce blog n’existerait pas sans la généreuse proposition, l’infinie patience et la magistrale réalisation (en bref, c’est elle qui a tout fait !) de Cath, THE Photoshop genius du forum Crazy Julien. Je lui suis infiniment reconnaissante pour tout le travail accompli et tiens absolument, par ces quelques mots, à lui exprimer mon immense gratitude.

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