K. Lee et Cha (du forum "Crazy Julien") ont lancé l’idée d’adapter les contes de Perrault ou de Grimm à la « sauce Julien ». Immédiatement séduite par cette proposition, je me suis demandé quel conte pourrait bien convenir à l’exercice. « Le chat botté » ayant déjà été brillamment réécrit par K. Lee, je me suis finalement rabattue sur un conte qui n’est ni de Perrault, ni de Grimm, mais d’un certain Carlo Collodi. Installez-vous bien confortablement, je m’en vais donc vous conter :
LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DE CIELOCCHIO
Il était une fois dans une petite ville méridionale un couple qui s’aimait beaucoup et qui rêvait d’avoir un enfant. Leur vœu fut bientôt exaucé et un
soir de juillet, alors que le soleil déclinait doucement dans une belle lumière dorée, leur naquit un petit ange blond aux yeux tellement bleus qu’ils décidèrent de l’appeler
« Cielocchio » (en français, oeil de ciel). Geppetto et Geppetta Dorati (c’étaient leurs noms) étaient au comble du bonheur, on l’imagine
aisément. Quelques années passèrent, heureuses et paisibles, mais bientôt, Cielocchio fut assez grand pour entrer à l’école. Soucieux de son éducation, ses parents l’envoyèrent à l’école du village, coquettement coiffé d’un petit chapeau et muni de quelques livres bien
choisis. Avant son départ, ils lui firent cadeau d’une belle pomme rouge qu’ils prirent soin de lui attacher autour du cou afin qu’il ne l’égare
pas.
Cielocchio était un petit garçon solitaire et renfermé qui se sentait toujours un peu incomplet, comme à l’état d’ébauche. Il pressentait qu’en lui
sommeillait un autre être qui ne demandait qu’à s’éveiller et qu’il lui faudrait accomplir un parcours initiatique pour arriver à toucher sa vérité.
Aux voies toutes tracées de l’école, il préféra bien vite les chemins de traverse. Car entre-temps, il avait rencontré le renard et le chat qui lui
avaient ouvert des perspectives bien plus attrayantes. Le chat s’appelait « Imaginaire », un bien drôle de nom pour un chat, mais il avait
10 idées à la minute et tout ce qu’il inventait ravissait Cielocchio au plus haut point. Le renard portait un nom encore plus bizarre :
« Anti-conformisme », mais ses discours plaisaient tant à Cielocchio qu’il pouvait l’écouter pendant des heures. Alors, évadé en leur
compagnie, il en oubliait le ronron de son maître d’école et son esprit s’envolait vers des horizons bien plus lumineux. Au fil du temps, Cielocchio
comprit qu’il était en fait l’ébauche d’un artiste et qu’il lui faudrait arriver à dégrossir ce marbre pour en tirer la magnifique statue qui dormait en son sein.
A l’adolescence, il décida de rejoindre un lieu où il pourrait épanouir son talent et se laissa séduire par le magnifique théâtre de « Belle Arti ». Beaucoup d’autres artistes en devenir peuplaient cet univers aux couleurs éclatantes et Cielocchio crut qu’ici, il parviendrait à éveiller la créature endormie. Mais très vite, il s’aperçut que lui et ses compagnons n’étaient que des pantins que l’on manipulait avec les mêmes ficelles et que leur créativité personnelle était souvent bridée par les mouvements qu’on leur imposait. Interdiction de danser seul ! Il fallait obéir aux injonctions de Belle Arti, ce géant austère aux idées étriquées. Heureusement, c’est à cette époque qu’il rencontra un ami. Il était plein de fantaisie et de gaieté et Cielocchio le surnomma très rapidement « Due » (en français, deux) parce qu’il était un peu le double de lui-même. A eux deux, ils s’évadèrent de chez Belle Arti et s’embarquèrent pour le « pays des jouers » où tous les soirs, c’était la fête. De taverne en taverne, de montagne russe en soucoupe volante, Cielocchio et Due tentaient de trouver leur mode d’expression propre et de mériter enfin le statut d’artiste. Mais le chemin était semé d’embûches et ils se réveillaient parfois le matin, plutôt transformés en ânes qu’en phoenix.
Au fil de leurs errances, ils finirent par arriver devant la mer et d’un regard entendu, décidèrent de se jeter à l’eau. Au large, ils rencontrèrent la baleine Stella Nuova qui leur promit monts et merveilles pour peu que l’un d’eux daigne se sacrifier et pénétrer dans sa bouche grande ouverte. Cielocchio se dévoua et entra dans l’antre effrayant et mystérieux du ventre de la baleine. Mais à son grand étonnement, il n’y était pas seul. Quatre facétieux Jiminy Cricket vêtus de parures éblouissantes tentaient de l’aider dans sa quête et de lui indiquer le chemin à suivre. Cielocchio, toujours rebelle aux conseils trop sages et aux voies toutes tracées, ne les écoutaient pas toujours, préférant explorer ses propres territoires. Parfois il s’engageait si loin qu’il se perdait ou se retrouvait dans des situations délicates. Heureusement, la fée bleue veillait. Chaque fois que Cielocchio tombait ou se trouvait en danger, elle allait le rechercher, le réconfortait, l’encourageait, le confirmait dans ses choix. Au fil des semaines, elle couronnait son front de lauriers amoureusement tressés, lui permettant de triompher de ses craintes et d’écarter ses doutes. Ah, bienveillante fée bleue, comme elle l’aimait son petit prince !! Elle fit tant et si bien que Cielocchio finit par trouver la sortie du ventre de Stella Nuova. Au terme d’un combat gagné de haute lutte, il parvint à retrouver la lumière du soleil. Il avait bien grandi et ses parents avaient peine à le reconnaître. Il se sentait bien mieux à présent et l’impression de n’être qu’une ébauche avait totalement disparu. Se penchant sur le miroir amoureux que la fée bleue lui tendait, il s’aperçut qu’il était devenu un véritable Artiste !
Mais, me direz-vous, il manque un élément important dans cette histoire !!! Que devient l’épisode du nez qui s’allonge démesurément en cas de mensonge ? Vous comprendrez aisément que ce conte étant destiné aux enfants, j’ai préféré éluder un passage qui aurait pu choquer leurs âmes pures et innocentes. Contentez-vous donc de remplacer dans votre imaginaire les nez qui s’allongent par des perches de micro et les mensonges par de jolies boîtes à surprises, aussi amusantes qu’étonnantes, aussi éblouissantes que fascinantes, dans lesquelles vous pourrez ranger toutes les folies que Cielocchio vous a inspirées.