A rebrousse-poil de toutes les attentes, Julien a choisi de nous livrer une petite merveille d’autodérision. Il a dit en substance qu’il n’était déjà plus là où on l’attendait et cette fois, j’avoue qu’il m’a devancée de pas mal de kilomètres. Au sourire béat a succédé l’admiration, car il fallait s’appeler Julien Doré pour oser une composition aussi imprévisible et bourrée d’humour. Certaines d’entre nous ont exprimé quelques craintes : comment cet OMNF (objet musical non formaté) va-t’il être accueilli par le public ? Je ne me fais pas trop de bile, je fais confiance à un public un tantinet averti pour s’esclaffer sur le second degré et apprécier l’originalité de la
démarche. Quant à celui que l’on nomme le « grand public », il va probablement en rester au premier degré et à l’aspect festif et léger,
mais je n’ai aucune crainte quant à l’impact de la mélodie qui donne immédiatement envie de la chanter.
Alors pari réussi ou non ? Les prochains jours nous le diront. Mais d’ores et déjà, Julien m’a touchée en pleine cible. J’osais croire, un peu orgueilleusement, qu’à force de le
décortiquer, de le scruter, de l’analyser depuis un an, j’en avais acquis une connaissance plus ou moins exacte. Il avait peu à peu pour moi des
côtés prévisibles. Et puis, zim boum ! Il m’a bien rappelée à l’ordre. J’avais oublié à quel point Julien cultive l’art de toujours nous surprendre. Qu’a-t’il fait tout au long du
parcours NS, puis de l’été, puis à chacune de ses apparitions TV ? Tirer la langue aux prévisions en même temps qu’il la donnait aux
chattes. Je m’émerveille qu’après autant de temps il parvienne encore à me tournebouler complètement.
J’aime son caractère insaisissable, vif argent, impertinent. J’aime qu’il soit ce ludion irrévérencieux qui monte et qui descend et fait des
pirouettes partout où on ne l’attend pas.
Je suis définitivement montée à bord de ce grand huit émotionnel, j’aime l’attente un peu angoissée avant les grands départs, les ascensions graduelles jusqu’au nirvana de l’émoi, les instants suspendus avant les descentes étourdissantes où l’on crie, les cheveux au vent, les mains crispées sur les barres, les circonvolutions qui me mettent la tête à l’envers et le vertige final quand la voiture ralentit doucement. Vivement que ça reparte pour un tour ! Et cette fois, je m’attends même à ce que la voiture quitte les rails pour poursuivre sa course dans les étoiles. Pour Julien, les limites n’existent que pour être renversées, bousculées, piétinées dans un joyeux débordement iconoclaste. Et maintenant plus que jamais, elles sont déjà bien loin derrière, « aisément, largement ».