Voir deux hommes ensemble, d’habitude, ça ne m’émoustille pas. Je ne suis pas choquée non plus, je trouve généralement un côté digne à toute forme
d’amour. Et là, pourquoi ce trouble ? Sont-ce les lumières baignant la scène dans un rouge
passionnel ? Ou alors cette étreinte est-elle chargée d’un symbolisme que je perçois de manière un peu floue ?
Chanter comme un acte d’amour, comme une fusion avec le public, Julien l’a assez répété. M’enfermer avec vous pour que vous profitiez de moi. Chanter pour s’unir aux mains qui se tendent et l’enlacent en rêve. Emporté dans son interprétation, porté par la vague passionnée qui monte, Julien voudrait nous étreindre … tous. Ses bras s’ouvrent, s’élargissent pour entourer, cherchent à happer, mais ne rencontrent que du vide. Alors il faut trouver un corps, une chair à laquelle s’accrocher. Le plus timide, le plus en retrait, celui qui ne rira pas ou ne tentera pas de s’esquiver, le parfait substitut de l’entité mouvante qu’est le public, celui-là comblera les exigences exacerbées.
Edouard n’a pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Une main ferme lui enserre la nuque et attire sa tête vers l’avant. Mains liées à sa guitare, comment se défendre ? En position de féminité, le voici pris au piège d’un impérieux désir de communion. Viens là que je puisse verser en toi le flux rougeoyant qui sourd de mon magma profond, que je trouve à briser les digues. Pose ton front contre le mien et regarde-moi dans les yeux, que je puisse découper dans la lumière des projecteurs l’image magnifiée d’une étreinte fantasmée.
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