Les sentiments mièvres ne m’intéressent pas. Pas plus que je n’admets en art la tiédeur, le dilettantisme ou la compromission. J’ai besoin d’être remuée, voire brutalisée par l’œuvre. Depuis toujours, j’ai cette conviction que la création
artistique ne va pas sans une certaine violence. Parfois imperceptible lorsqu’on se trouve devant l’œuvre achevée. Mais avec Julien, tout le processus créatif est exposé, déroulé devant nous comme un somptueux tapis pourpre. Et
au fil du concert, nous le voyons extirper dans la douleur ce qui constitue la part la plus authentique de lui-même. A nouveau en référence à
Baudelaire, son spectacle pourrait s’intituler « Mon cœur mis à nu ».
Julien me bouleverse parce qu’il est d’une sincérité absolue, parce qu’il ne triche pas sur scène, parce qu’il ne craint pas les plongées vertigineuses dans les tréfonds de lui-même. Il est ce mineur rampant dans les galeries étroites et suffocantes pour en exhumer la pépite resplendissante. Il en ressort cassé, fourbu, abîmé, mais vainqueur. Je m’imagine Van Gogh peignant et s’arrachant les tripes, Egon Schiele aussi torturé que les lignes qu’il trace. Parce que l’art ne peut être que paroxystique.
Dans cette souffrance évidente, Julien découvre un certain plaisir, une excitation indéniable. Et le voilà poussé plus loin, sans retenue. Jusqu’à ce qu’il atteigne enfin ce plaisir extrême qui confine à la douleur. Et le cycle est bouclé, comme les pulsions de vie et de mort s’attirent et se repoussent, produisant le perpétuel tourbillon des déchirements humains.
Sans l’ombre d’une peur, Julien se laisse submerger par les forces qui l’habitent et le dépassent. Ces forces qui s’emparent de son corps et le tordent à leur guise. Sans chercher à maîtriser, il devient le vecteur, le passeur de la beauté effrayante et splendide de l’art.
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