Pas de CR fleuve cependant pour résumer mes impressions sur le concert de l’Olympia. Je préfère laisser remonter doucement les flashs de ma mémoire, un ensemble de séquences brèves, désordonnées, des fragments lumineux d’une soirée grandiose. Quand j’ai cherché un mot pour qualifier ce concert, une seule expression m’est venue à l’esprit : DU GRAND ART !
Automne 2007 : j’écris ces mots et j’en rêve :
« Affiché au fronton du temple olympien,
Ton nom resplendira comme un soleil, Julien. »
Printemps 2009 : je lève les yeux et je vois :
J’aurais fait le voyage jusqu’à Paris rien que pour contempler la façade du temple. Pour ressentir cette joie immense et la fierté qui me gonfle le cœur.
C’est mon premier concert en mezzanine. Jusqu’à présent, j’ai toujours été relativement collée à la scène. Je craignais un peu de ne pas ressentir les mêmes émotions. Mais je n’ai rien perdu au change, parce que ce n’est tout simplement pas comparable. Les perceptions sont assez différentes de près et de loin et ce que l’on ne ressent pas aussi fortement est compensé par la découverte d’éléments indécelables de près. De loin, je suis frappée par l’énergie (presque un courant électrique) qui se dégage de la synergie entre Julien et the Bash. Les 5 artistes sur scène agissent en totale interaction et les mouvements de chacun produisent un flux tourbillonnant qui nous emporte. De loin, les yeux sont subjugués par les jeux de lumière, très diversifiés, étonnants. Sans conteste, un élément à part entière du spectacle, un alambic distillant le rhum ambré et la phosphorescente absinthe.
L’investissement total de Julien dans son art, malgré les souffrances occasionnées par sa cheville, malgré l’attelle qui le bloque. Il donne tout, repoussant les limites des émotions. Une implication entière, à nu, à vif. C’est Prométhée qui s’arrache lui-même les tripes pour nous offrir le feu et la beauté.
Au fil des concerts, je remarque une évolution perpétuelle. La voix de Julien a pris de l’ampleur, de la subtilité, de la souplesse. Elle est de plus en plus belle, prenante, bouleversante. Les orchestrations sont plus raffinées et inventives de concert en concert. Ce retravail permanent, tant au niveau vocal que musical, force l’admiration. Loin des productions formatées, standardisées et d’un ennui mortel, chaque concert est une œuvre d’art unique !!
J’étais impatiente de découvrir le néon de fond de scène. Je n’ai pas été déçue ! Il est beaucoup plus grand et surtout plus stylisé que ce que j’imaginais. C’est la classe ! La signature visuelle qui manquait !
J’ai aimé la montée en puissance au fil du concert, doublée de l’enthousiaste de plus en plus manifeste du public. Au début, les applaudissements étaient déjà chaleureux, mais on sentait une certaine retenue, comme une timidité, une attente. Et puis, les viva se sont mis à enfler, les cris se sont amplifiés. Et la salle a gravi elle aussi l’escalier festif jusqu’à l’éruption finale. Tout l’Olympia debout, bras tendus vers le ciel, hurlant son amour pour l’artiste. J’étais très émue et au comble du bonheur !
Le sourire gentil des parents de Julien juste avant le spectacle et l’aveu timide et discret de leur stress. Comme on les comprend ! De même que j’ai compris leur fierté et leur liesse à la fin ! Et les regards circulaires et heureux de Monsieur Doré sur une salle de plus en plus embarquée. Et le bonheur affiché sur leurs fronts !
Je veux la même grand-mère que Julien ! 80 ans et un punch de jeune fille ! Quand elle a fait tourbillonner son écharpe blanche au balcon, comme une jeune fan transportée, je me suis dit qu’elle venait de recevoir le plus beau cadeau d’anniversaire de sa vie.
La classe et l’élégance de Ticrabe qui a déshabillé Julien comme dans la chanson de Juliette Greco, « pas trop vite, avec délicatesse, en souplesse et doigté, avec des gestes ni trop lents, ni trop lestes, sur sa peau ! » Je pense que Julien a dû ressentir à la fois le respect et la friponne légèreté de cet effeuillage impromptu ! Ticrabe, tu as été une raclure à la hauteur, conjuguant avec maestria l’audace à l’admiration !!!
L’image de Julien lançant ses cymbales avec rage à la fin de Brown ears, celle d’un gladiateur vainqueur jetant ses armes dans la poussière de l’arène.
Le moment émouvant de totale communion du public et des artistes sur le final « Excellent ». Julien, comme un chef d’orchestre, modulant du geste, du regard et de la voix les réparties chantées du public. Et nous de nous époumoner et de susurrer alternativement, dans l’espoir que le concert ne finisse jamais.
Que dire sur l’instant poignant des remerciements, sur sa voix brisée par un gros sanglot contenu avec peine ? Sur son visage baissé, caché derrière le frêle rempart de ses boucles dorées ? Sur son sourire extatique et ses regards éblouis vers la salle ? Sur sa petite phrase, tous masques abaissés : « Je suis bien plus à l’aise dans le registre du cynisme que de l’émotion et me voilà bien attrapé ! » ? Il n’y a guère de mots assez fidèles pour exprimer ce que j’ai ressenti à cet instant. Je me suis juste rappelée la phrase qu’il avait prononcée en boutade pendant le concert : « Je n’ai jamais su dire je t’aime » et pourtant, il venait de nous le dire pendant deux heures. Comme nos mains et nos voix le lui ont crié à la fin.
A l’image de ce concert flamboyant, les rouges de l’Olympia, s’étalant sur le sol, recouvrant les murs, emballant les fauteuils, ceignant les balcons, un déferlement pourpre et grenat. La salle comme un gros cœur battant, pulsant sa joie comme un sang riche et généreux. Ecrin somptueux pour inestimable joyau.
Son premier Olympia : j’y étais ! Je n’aurais pas échangé ma place pour tous les trésors du monde. L’or en fusion qui m’a été offert coule encore dans mes veines incendiées.
Commentaires Récents